Mes racines sont en Algérie, mon coeur est en France, mon esprit est comme un arc en ciel au dessus de la méditerranée. Claude Garcia.
Sauvons la Casbah d'Alger
AMIS PIEDS NOIRS ET ALGERIENS, freres de terre ! Un colossale patrimoine de l'Humanité est entrain de disparaitre un peu plus chaque jour. Comment un pays si riche, patrie de Racim, de Dinet, d'Abd el Kader peut laisser s'engloutir cette citadelle bâtie sur un site unique au monde. Comment les dirigeants Algériens peuvent ils laisser disparaitre 1500 ans d'histoire alors que celui qui sauverait la Casbah d'Alger s'illustrerait et accèderait par ce geste au premier rang des grandes figures de l'Histoire comme Hassan II ou François Mitterand. Dans peu de temps la Casbah d'Alger sera remplaçée par des building, c'est peut être là l'objectif inavoué de certains visionnaires d'une algérie nouvelle que nous ne reconnaissons et ne comprenons pas. Ce ne sont pourtant pas les grands hommes ni les moyens qui manquent en Algérie.
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- bapceres
- Samedi 15/12/2007
- 14:35
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Parler aujourd’hui de L’Etranger semblerait désuet. Il n’en est rien: Camus suscite toujours un immense intérêt. Colloques et travaux universitaires, partout dans le monde, n’ont de cesse de le célébrer. Et l’homme et l’œuvre en effet ont été au cœur des tensions, sans doute les plus bouleversantes que l’histoire ait jamais eu à enregistrer. De là, en tout cas, mon intérêt pour l’écrivain et ma relecture de son texte.
Si l’on se réfère à Mikhaïl Bakhtine, ni les personnages ni leurs logiques ne doivent faire office de porte-parole, encore moins se substituer à l’instance créatrice. Car ils appartiennent au système narratif et, comme tels, censés s’associer aux réseaux descriptifs, aux strates qui composent le texte, à toutes sortes d’ingrédients. Leurs actions, pour antagoniques qu’elles soient, caressent une même perspective qui n’est que de tendre vers une signifiance générale. Or face à certaines œuvres, au nombre desquelles figure L’Etranger d’Albert Camus, cette conception est souvent abandonnée par la critique. De multiples raisons entrent en ligne de compte, dont nous rappellerons brièvement quelques-unes ci-après.
D’apparence simple et limpide, ce récit développe deux dialectiques contradictoires. D’une part, il donne l’air de pratiquer l’art de l’esquive, de prôner l’inadmissible à travers un narrateur apathique, soupçonneux, menant une vie dénuée de toute ambition, replié sur lui-même, peu enclin au partage et incapable de communier avec le monde. D’autre part - sur un plan plutôt auctoral -, il affiche une propension évidente à aller vers une parole sans fards ni préétablis. La vanité, l’excès d’autorité, les valeurs archaïques bourgeoises et religieuses se heurtent ici à une écriture qui les dénonce dans sa dérision. Autant de tendances significatives de gêne, de non-dits, de motivations obscures. Ainsi conçu de façon problématique tant par ce qu’il dit que par ce qu’il ne dit pas, le texte acquiesce et prête le flanc aux démonstrations subjectives. A tel point que certains croient reconnaître en Meursault le double parfait de Camus, mettent sur le compte de celui-ci un crime commis par un être de papier.
A partir de là, le sens de l’histoire racontée s’éloigne de sa vocation originale. Sens qui en premier lieu réside dans une pluralité de perspectives et entend répondre à une tension située en amont du projet d’écriture. L’objectif visé : montrer comment un ordre pétri de désinvolture peut déshumaniser et faire se replier dans la haine de soi et de l’autre. La période qui a donné naissance au récit, l’a inspiré à l’auteur, est saturée de signes. Les enjeux de la critique et ses nombreux préconçus, fréquemment mis en avant, estompent l’écart pris par Camus vis-à-vis de l’être colonial. L’on s’attarde ainsi si peu ou pas du tout sur les facteurs qui acculent à la désespérance ; l’on rend inenvisageables le programme comme les objectifs du récit. Cela, alors que cet écart est axial et doit être retenu particulièrement : l’analyse textuelle confirme sa réalité et le montre dans sa forme pluridimensionnelle. Il est de nature aussi bien technique qu’esthétique, psychologique, morale, idéologique, stratégique, voire caractéristique de la vocation libertaire de l’art.
A ce propos, et pour ne retenir que celle-ci, la vocation de l’art est de toujours s’affranchir de la société qui lui octroie ses moyens et ses prétextes. L’art peut même se défaire de la tutelle du créateur. Aussi étonnant que cela paraîtrait, celui-ci n’est en réalité que ce point de friction commun à la société et à cette tension que l’on dit originelle. Soit le lieu précis de l’éclat, de la déchirure, du fracas, de la douleur et en effet de la conscience. Non seulement l’auteur règle ses comptes avec la société mais, souvent et à son insu propre, avec lui-même - l’individuel et le collectif n’étant pas sans se refléter. Seuls donc triomphent le temps condensé et l’histoire : l’art nous exprime à travers les conflits qui nous opposent au monde et à nous-mêmes, à travers nos contrariétés, nos confusions, notre impuissance. Son authenticité, et peut-être aussi sa vérité, résident en cela : son indépendance. Il est dans cet écart que prend l’auteur vis-à-vis de sa société, échappant à l’un comme à l’autre mais non sans puiser préalablement dans leurs mésententes l’exigence d’une éthique ou les perspectives d’un compromis.
Quel autre sens donner à cet écart de Camus ? Il n’est pas seulement un recul vis-à-vis de soi ni seulement ce qui témoigne du peu de crédit accordé à l’institution coloniale. Sa réalité réside dans des espérances contrecarrées, consiste dans un souci d’esthétique et de message à faire passer sans avoir à courir aucun risque. Le fait de devoir se justifier un jour ou l’autre, la crainte possible d’être qualifié de renégat, crainte qu’on retrouve chez nombre d’écrivains, rendent difficile l’entreprise d’exprimer ses reproches avec franchise et netteté. Les silences et les non-dits représentent autant de pièces vacantes dans le puzzle de Camus que d’interdits à déjouer. La concision de L’Etranger lui prête d’ailleurs l’aspect d’une parole pressée de conclure, d’un essai préoccupé de mener à bon port la bonne parole. Se frayer un passage : voilà en fait un projet qui aura coûté à l’écriture camusienne bien des détours. Parce que ce récit est concis et condensé, il faudrait pour cerner toutes ses dynamiques se garder de s’en remettre aux commentaires univoques, en soi sélectifs, amputés et arbitraires ; ceux-ci focalisent les regards sur les traits déjà suffisamment grossis par l’œuvre. Or seule une démarche qui réunit l’ensemble des dimensions - historique, psychologique, psychanalytique, philosophique, sociale, culturelle, artistique, symbolique, politique - peut convaincre L’Etranger de laisser traduire les silences de son dire.
Cet écart n’exclut en rien que Camus puisse apparaître à travers quelques traits de ses personnages. Son paradoxe personnel, ses amitiés, ses inimitiés, ses peines, en réalité il nous les livre comme à son insu. Ce sont là des interférences qui par ailleurs sont de nature pragmatique et stratégique : elles visent essentiellement à agir sur le lecteur, à conférer au récit une vraisemblance et une lisibilité bien particulières. En donnant l’illusion que Meursault peut être son double, Camus de fait accentue la réalité des faits narrés - il leur arroge plus de crédibilité, les rend dignes d’intérêt. Le journal tenu par Meursault, qui n’est autre que le roman lui-même, représente quant à lui un des procédés narratifs donnant l’illusion que l’auteur s’investit dans son personnage. Et, en effet, à travers Meursault, figure de pied-noir fonctionnaire, comme Camus le fut lui-même, s’établissent de multiples connexions. Leurs reflets et ce qu’ils suggèrent de réalité amènent le lecteur à adhérer au programme de l’auteur. Auteur et lecteur, ensemble, partent ainsi à la reconquête d’un sens du monde posé d’emblée comme chancelant. Deux perspectives donc de l’auteur : frapper l’esprit du lecteur, l’inviter ensuite à conclure à l’absurdité des lois qui régissent le monde.
L’écart entre l’auteur et le narrateur tout comme leurs similitudes sont donc palpables. Mais que l’un et l’autre puissent sur quelques plans se renvoyer la même image ne doit pas accorder d’autonomie au second. Les actions de celui-ci n’ont d’importance que par rapport aux liens (de convergence ou de divergence) qu’elles tissent avec les actions des autres personnages. C’est dans ce qu’elles apportent au sens général et dans ce qu’elles provoquent d’interrogations morales qu’il convient de les saisir. Si entre les deux instances, la frontière ne manque pas d’être fluctuante c’est du fait que le récit, outre le souci technique de vraisemblance, rapporte une réalité historique tout aussi âpre que celle où l’auteur lui-même se mire et s’implique. L’on reconnaît ici le malaise bouleversant d’un personnage amené (par les circonstances imaginées par l’auteur) à perdre toute confiance en l’homme - au point d’accomplir un geste monstrueux. A travers lui se profile certes l’auteur, toutefois il s’agit d’un auteur désarçonné par la conscience d’un impossible compromis, par ce que la réalité vécue laisse présager de colères corrosives à venir.
Tout compte fait, la question posée, de par sa polyvalence et sa complexité, de par les nuances qu’elle permet de déceler et les contours qu’elle recommande de ménager au récit, n’indique pas de tenir Camus pour un fac-similé du personnage. Ni d’ailleurs de se cantonner dans l’idée d’un meurtre comme visée unique de L’Etranger. En effet, fût-ce par défaut, fût-ce parfois à l’insu de son auteur, celui-ci amène à regretter l’absence d’une notion essentielle : la justice.
- Mohamed Salah Zeliche
- J'ai enseigné longtemps le français langue étrangère et seconde et publié un ouvrage intitulé "L'Ecriture de R. Boudjedra : Poét(h)ique des deux rives", Paris, Karthala, 2005, 360 pages. Auteur par ailleurs de nombreux articles, certains encore inédits, d'autres parus dans des revues spécialisées. Présentement, je termine un autre ouvrage traitant de l'oeuvre de Mohammed Dib.
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- bapceres
- Samedi 08/12/2007
- 16:08
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La ville romaine de Tipasa enrôlée dans le plan-média du président Sarkozy ?
C’est drôle! Mais on ne s’y fait pas! Au cours de sa visite officielle en Algérie, le président Sarkozy s’est rendu le 4 décembre 2007 à Tipasa, un site archéologique romain en bord de mer, au pied du massif du Chenoua, à 70 km à l’ouest d’Alger.
On n’aurait pas cru M. Sarkozy assez intéressé par un tel site archéologique pour s’évader un moment des palais mauresques officiels des hauteurs d’Alger.
Tipasa, un des grands sites archéologiques d’Algérie
Car il faut une réelle curiosité pour venir à Tipasa arpenter le decumanus maximus qui, passant par le nymphée en exèdre, remonte vers le théâtre privé en partie de ses pierres depuis qu’elles ont servi à édifier l’hôpital de Marengo devenu Hadjout, ou encore flâner sur le cardo maximus qui, recouvrant son égout axial, descend doucement vers la mer, bordé à gauche par des thermes et une fabrique de garum, puis à droite, avec son solarium ouvert sur la mer, par « la villa des fresques » dont l’oecus (le salon de réception) garde encore intacte ses mosaïques polychromes. Tipasa n’est en fait fouillée que par endroits et par sondages. On doit donc ensuite, par des sentiers tortueux, s’enfoncer sous des taillis de lentisques, de genêts, de chênes verts et de pins pour gagner la colline où s’étend, solitaire, l’esplanade dallée du forum auquel on accède en venant de la curie par un escalier enjambant une ruelle couverte. Sur les collines, de part et d’autre, se dressent les vestiges d’églises paléochrétiennes comme, à l’Est, celle de Sainte-Salsa au milieu d’une foule de sarcophages plus ou moins exhumés.
On se serait donc trompé sur les goûts du président qu’on croyait à tort limités à ceux un peu frustes de la bande du « show-biz » qu’on l’a vu traîner le soir de son élection au « Fouquet’s » ? La relation que Philippe Ridet fait de cette visite dans le journal Le Monde du 5 décembre 2007, invite à nuancer.
Une visite à faire connaître « urbi et orbi »
Ce n’est pas tant que le président aille à Tipasa qui intrigue. Il en a bien le droit. On se serait volontiers réjoui de le découvrir capable de méditer sur les vestiges d’une civilisation gréco-romaine qui imprègne tant la nôtre et que l’École française s’applique à faire oublier à ses élèves en raréfiant l’enseignement des lettres classiques, au profit parfois du sport sacré. Ce n’est pas non plus pour déplaire de le voir faire cette visite sous la conduite d’Albert Camus qui a tiré de ses fréquentes promenades dans les ruines et « l’odeur des absinthes », face à « la mer cuirassée d’argent » sous un « ciel bleu écru », et devant la masse noire du Chenoua, un poème intitulé Noces à Tipasa où l’adolescent qu’il était, dit, avec l’emphase juvénile et les aphorismes péremptoires de cet âge, sa joie de vivre dans un accord profond avec le monde. Non, ce qui intrigue, comme toujours, c’est que le président ait pris soin de faire savoir cette escapade qui a duré moins d’une heure.
C’est un peu court pour une rencontre avec Tipasa. À en juger d’ailleurs par les échanges qu’a recueillis dévotement le journaliste admis dans le cercle présidentiel pour qu’il les répandent, tel n’était pas le but. Qu’on en juge ! « C’est beau, hein ? », ne cesse d’interroger le président. « Depuis que j’ai lu Noces, ajoute-t-il, j’avais envie de venir ici. Camus, c’est le lien entre les deux rives de la Méditerranée. » Mme Dati, elle, ne cesse de se plaindre d’être venue en talon-aiguille : une découverte du site n’était donc pas vraiment programmée, ou alors on lui aurait conseillé de se chausser autrement. « On se croirait à l’époque romaine », dit encore M. Sarkozy. M. Kouchner, prévenant, pense aussitôt péplum : « C’est là que tu aurais arrêté ton char, glisse le courtisan, ... comme Ben Hur ». Faut-il développer ? M. Guaino a bien cherché à élever le débat : « Pourquoi les hommes ont-ils un jour abandonné cet endroit ? ». Malheureusement, le guide n’a pas compris la portée de la question : « Parce que c’est devenu un site touristique protégé », a-t-il naïvement répondu hors sujet.
Deux messages à délivrer ?
Or, la question de M. Guaino met sur la voie pour comprendre la raison qui peut avoir conduit le président Sarkozy à faire savoir « urbi et orbi » qu’il était allé à Tipasa avec Noces d’Albert Camus sous le bras ou du moins dans les mains d’un de ses accompagnateurs qui, dit-on, en a donné lecture. Son plan-média le commandait.
- Tipasa est une des nombreuses villes avec Cherchell, Hippone-Annaba, Cuicul-Djémila et Timgad qui témoignent de l’ampleur de la présence gréco-romaine en Algérie, comme Douggha, Sbeïtla et El Djem en Tunisie ou encore Volubilis au Maroc. Au temps de la colonisation française, cet héritage était valorisé, mais souvent, il est vrai, de façon intéressée : il s’agissait d’instituer une continuité entre la civilisation gréco-romaine et la présence française, par-dessus la colonisation arabe survenue entre temps qu’on souhaitait alors réduire à une sorte d’ intermède. Les grandes fouilles datent de cette période coloniale.
Depuis l’indépendance de 1962, le pouvoir algérien a répliqué par une lecture inverse de l’Histoire et les fouilles de « roumis », sauf erreur, sont restées en l’état au profit d’une valorisation de la civilisation arabo-musulmane : il y a vingt ans, on voyait encore, renversés sur des rails tordus, les wagonnets rouillés qui avaient servi, avant la guerre, à l’évacuation du décaissage des sondages archéologiques.
En venant, même moins d’une heure à Tipasa, le président Sarkozy n’a-t-il pas entendu rappeler ainsi la filiation gréco-romaine qui perdure en Afrique du Nord malgré les colonisations successives ? « Pourquoi les hommes ont-ils un jour abandonné cet endroit ? », a demandé avec pertinence M. Guaino. La question peut résonner comme une incompréhension, un regret ou encore un projet.
- Quant à la célébration de Camus, dont une petite stèle, parfois maltraitée sur une colline Ouest de Tipasa, rappelle face à la mer que c’est ici qu’ « (il a compris) ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure », comme il l’écrit dans Noces, il personnifie sans doute ce que la colonisation française a fait de mieux en Algérie.
Faut-il rappeler la haine que lui vouaient les riches colons pieds-noirs et les extrémistes de l’Algérie française pour ses prises de position anciennes en faveur des populations berbère et arabe ? Il avait pourtant vu clair, comme le montrent ses enquêtes successives : l’une, parue dans Alger-Républicain en juin 1939, dénonçait la « Misère de la Kabylie » ; l’autre, dans Combat en mai et juin 1945 après les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, renouvelait ses mises en garde contre une révolte perçue comme imminente ; la dernière dans L’Express, entre octobre 1955 et janvier 1956, avait été suivie, en pleine guerre d’Algérie, d’une participation à « un appel pour une trève civile » qui protégeât les populations civiles. Il a échoué. C’est qu’il était non moins rejeté par les indépendantistes algériens : il ne voulait pas condamner la terreur des uns sans celle des autres, celle de l’armée française et celle de l’Armée de libération nationale algérienne. Il lui sera toujours reproché son choix : « J’ai toujours condamné la terreur, a-t-il répondu lors d’une conférence après la remise du Prix Nobel à Stockholm, le 10 décembre 1957. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément dans les rues d’Alger par exemple, et qui peut un jour frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice » .
Pourtant avec le recul, ce choix d’Albert Camus, l’enfant de Belcourt à la mère analphabète, ne mérite-t-il pas respect et estime ? C’est la surenchère de violences dans laquelle les deux camps ennemis étaient emportés, qui ne permettait pas alors d’entendre sa voix : l’action est binaire en général et ne tolère pas de troisième voie. Mais aujourd’hui, Camus, l’écrivain franco-algérien comme il se définissait, peut-il servir de pont ? Le président Sarkozy, qui parle d’ « Union méditerranéenne », paraît le souhaiter : « Camus, c’est le lien entre les deux rives de la Méditerranée », s’est-il écrié dans Tipasa, après avoir, quelques heures plus tôt dans un précédent discours à des chefs d’entreprise, reconnu « le caractère profondément injuste » du « système colonial » et rappelé que malgré tout « à l’intérieur de ce système il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont aimé l’Algérie, avant de devoir la quitter » ? Reste à savoir si les dirigeants algériens sont prêts à partager cette façon de voir.
Paul Villach
- bapceres
- Vendredi 07/12/2007
- 16:05
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Une plaque commémorative dans sa maison natale à Dréan (Annaba) ?
La maison d’Albert Camus, prix Nobel de littérature, tient toujours debout. 94 ans après la naissance de l’illustre écrivain.
C’est à Dréan, ex-Mondovi, à quelques encablures de Annaba, que l’auteur de L’étranger a fait ses premiers pas.
Le professeur Denis Fadda, lui même natif de la ville, a proposé, lors du colloque de Perpignan consacré à Camus et Kateb Yacine que la demeure de l’écrivain soit conservée :
« Je pense que pour les gens de Dréan, c’est une grande fierté de savoir que Camus est né dans leur village et je crois qu’il ne doivent pas laisser échapper cette chance qu’ils ont d’avoir eu Camus comme un des leurs, cette chance est double puisque cette maison existe encore et elle aurait pu disparaître.
C’est une pauvre maison, très modeste car le père d’Albert Camus était ouvrier agricole. Pour le village, avoir cette maison et surtout ne pas la laisser disparaître, c’est un devoir. On pourrait y mettre une plaque,
‘’Ici a vécu Albert Camus, prix Nobel de littérature, né à Mondovi le 13 décembre 1913’’. »
Pour cela, Denis Fadda estime qu’il faudrait au minimum qu’elle soit classée comme patrimoine.
« Ainsi, elle ne pourrait pas être détruite. Il y a le risque qu’un bulldozer, un jour, la rase d’un seul coup de pelle. Aussi, en deuxième temps, elle pourrait être aménagée en musée et ce serait un attrait touristique pour ce village. »
Denis Fadda est un haut fonctionnaire international (Nations unies), il est président de France-Afrique (membre du bureau du Comité de liaison des associations nationales des Rapatriés) et élu à l’Académie des sciences d’Outre-mer : « Je suis de la sixième génération de Bônois (Ndlr : son père André a été l’un des derniers maires de Bône, (Annaba) et c’est dommage pour ma terre natale de laisser échapper cette opportunité de faire connaître Camus. »
Avec un groupe de personnes et de façon informelle, un certain nombre de démarches ont été entreprises auprès de la wilaya : « Il faut surtout une prise de conscience pratique sinon cela sera difficile » . C’est peu de le dire.
Walid Mebarek


- bapceres
- Mercredi 07/11/2007
- 16:58
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Catherine Camus, profession : fille d'Albert
Catherine Camus habite rue Albert-Camus. A deux pas du cimetière où repose Albert Camus, à Lourmarin, au coeur du Lubéron. A côté du bureau où elle s'attelle, jour après jour, aux affaires d'Albert Camus. Pas loin de L'Isle-sur-la-Sorgue, où vivait René Char, l'ami intime avec qui Camus échangeait une correspondance affectueuse, dont Gallimard vient d'éditer des extraits.
Elle avait 14 ans ce jour de 1960 où une puissante Facel-Vega avait soudain quitté la RN5, abandonnant à la postérité un écrivain déjà mythique et son ami éditeur, Michel Gallimard. Avec les gains du prix Nobel, deux ans avant sa mort sidérante, Camus avait acheté cette petite maison de village. Il avait tout décoré lui-même pour faire la surprise à sa femme Francine et à leurs jumeaux, Catherine et Jean. Ils l'ont découverte peu avant sa mort. Fin prête, chaque meuble à sa place.
Presque rien n'a bougé depuis. Pas même Catherine, cette longue silhouette discrète qui vous attend d'un air absent sous le panneau "rue Albert-Camus". Ce visage triste et doux caché derrière des lunettes. Ce langage naturel truffé de gros mots jamais vulgaires, à l'humour douloureux. Ce profil où jaillit la ressemblance avec un père trop célèbre, trop présent, trop tout. "Il envahit pas mal, papa", reconnaît-elle.
Rue Albert-Camus habitent deux chiens, six chats, Catherine Camus (62 ans) et son compagnon, de vingt ans son aîné : Robert Gallimard. Editeur et ami de Camus, bien sûr. Petit-fils de Gaston Gallimard (fondateur de la maison d'édition), oncle d'Antoine (actuel PDG) et cousin de Michel, il avait connu Catherine au berceau et lui apporte, intacts, les souvenirs de l'écrivain qu'elle ne peut avoir. Quant aux chiens et aux chats, ils ont tous été recueillis. Encore une habitude que Catherine tient de son père. "La différence, explique-t-elle, c'est que papa trouvait facilement un repreneur aux animaux qu'il recueillait : on ne refusait pas un chien de Camus. Moi, c'est différent."
Catherine et Jean n'ont pas appris directement la mort de leur père. Ils l'ont devinée aux regards, aux pleurs, à ce coup de téléphone suivi par l'arrivée d'une foule de gens dans l'appartement. Mais personne ne le leur a dit. Croyant sans doute bien faire, on leur a évité l'enterrement. Réfugiés chez des amis, boulevard du Montparnasse, ils n'avaient pas le droit de se mettre au balcon, à cause des journalistes. "Quand votre père meurt et qu'il est célèbre, personne n'a l'idée que vous l'avez perdu. Ce n'est pas votre père, ce type-là, il est à tout le monde. Ma mère était à l'ouest, meurtrie. Et nous, somme toute, il ne nous était rien arrivé. Alors, vous vous retrouvez complètement seule. Orpheline de père inconnu."
Les jumeaux, Albert Camus les avaient tendrement surnommés "la peste et le choléra". Catherine est née peu après la publication de La Peste, en pleine gloire de son père et déjà dans le tourment de ses infidélités conjugales infinies. Les enfants ne savaient pas que leur père était célèbre. "Il nous a tenus complètement à l'écart. C'était un papa. On jouait au foot avec lui. Il était sévère mais très drôle et nous parlait beaucoup. On l'appelait "Rassurant", ça lui allait bien." Quand il a reçu le prix Nobel de littérature, elle lui a demandé s'il y avait aussi un prix Nobel pour les acrobates. Elle rêvait d'en être une. "Acrobate, je l'ai été, conclut-elle d'un sourire triste. Pas comme j'avais prévu, mais heureusement que j'avais l'esprit à ça."
A la mort de leur mère, "la peste et le choléra" ont 34 ans. Et deviennent, de fait, détenteurs du droit moral et patrimonial de l'oeuvre, immense et polymorphe, d'Albert Camus. Jean est avocat, Catherine vient de le devenir. "C'était évident pour tout le monde que je devais m'occuper de l'oeuvre. Pour tout le monde, sauf pour moi." Déjà divorcée et mère de deux enfants, elle laisse tout tomber et se colle au métier d'ayant droit. Elle rectifie : "On devrait plutôt dire d'ayant devoir."
Pour autant, elle ne fait rien pour s'en défaire. Elle a confié les archives à la Cité du livre d'Aix-en-Provence, mais refuse de déléguer à un professionnel la vingtaine de demandes de toutes sortes qu'elle reçoit chaque jour. Catherine Camus n'arrive pas à se sortir de Camus. De ce noeud serré par des années de manque, par une ombre écrasante. "C'est un deuil impossible, dit-elle comme pour s'excuser. Camus est partout. J'ai même trouvé un jour sa photo, comme cadeau, dans la poudre du chocolat Poulain." Alors Catherine Camus, seule, fait le cerbère. Aux demandes diverses, elle dit oui, souvent. Ou non. "Quelqu'un qui va bousiller Camus, je ne vais pas l'aider. Tout le monde peut cracher sur Camus, mais pas moi. Je lui dois trop."
"Catherine est une héritière loyale et autoritaire, constate Olivier Todd, auteur d'une biographie de l'écrivain. Elle a un grand nombre d'inédits sûrement passionnants qu'elle n'a pas tous voulu me montrer, dont les lettres de Camus à Maria Casarès. Mais elle n'a rien censuré."
A elle seule, elle a édité les Carnets III, et surtout Le Premier Homme, ce chef-d'oeuvre qui se trouvait à l'état inachevé sur le siège de la Facel-Vega, le jour de l'accident. Camus, mort triste et isolé, attaqué par les intellectuels de gauche depuis la publication de L'Homme révolté (1951) et pour avoir préféré les êtres humains à l'Histoire, a connu une réhabilitation tardive, après la chute du mur de Berlin. La tâche actuelle est la réédition de l'oeuvre en Pléiade. "Le boeuf est toujours à sa charrue", aime répéter Catherine.
Chez Gallimard, on apprécie sa simplicité et son professionnalisme. Mais Catherine Camus n'est pas dupe. "La vision que la majorité des gens ont de l'ayant droit n'est pas sympathique, dit-elle. Une rentière qui se fait dorer la pilule au soleil et qui engrange des milliards. Si je dis : "Les milliards, c'est pas vrai", on va dire : "Elle va pas se plaindre, en plus !""
Depuis sa parution, en 1942, L'Etranger de Camus est le best-seller absolu chez Gallimard, avec Le Petit Prince de Saint-Exupéry : six millions et demi d'exemplaires déjà vendus en France (150 000 par an, en moyenne), les droits de traduction cédés dans 58 pays, même en gallois, en népalais ou en tamoul. Catherine Camus rappelle que les droits d'auteur (entre 8 % et 14 % du prix du livre) sont divisés entre elle et son frère. Que la valeur patrimoniale de l'oeuvre est estimée et soumise à l'impôt sur la fortune. Elle laisse s'absenter ses grands yeux sans gaieté. "Les gens ont une idée toute faite de ce que doit être la fille de Camus. Je déçois, forcément. J'aimerais bien m'appartenir un peu plus."
Parcours
.1945
Naissance à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
1960
Mort d'Albert Camus.
1979
Mort de sa mère ; elle obtient son CAPA d'avocat.
1980
Prend en charge la gestion de l'oeuvre d'Albert Camus.
1994
Publication du "Premier homme", d'Albert Camus.
2007
Parution de la correspondance Char-Camus (Gallimard).
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je vais vous ouvrir le bal avec de la matière grise, du talent, de l’engagement politique, de la conviction, de l’humanisme, de l’amour de son pays natal et de tous ceux qui étaient dessus, sans exception…
- bapceres
- Dimanche 04/11/2007
- 05:41
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Avec Albert Camus, mort en France métropolitaine le 4 janvier 1960, à 44 ans, d’un accident de bagnole, en compagnie de Gallimard l’éditeur, son ami. Albert Camus, Français d’Algérie, né en 1913 d’une mère analphabète, bonne à tout faire, d’un père tué pour la France en 1914, comme beaucoup de pieds noirs d’ailleurs, lors de la bataille de la Marne pour ce qui le concerne. Albert Camus, prix Nobel de littérature reçu il y a 50 ans cette année et dont tout le monde se fout - sauf Monaco qui vient d’éditer un timbre commémoratif - la France bien entendu, les Français cela va de soi, le président de la République, ses ministres, celui de la Culture, les foies jaunes qui ont rallié la gamelle, Jack Lang pour ne citer que lui… Du coup, parce que c’est la semaine qui veut ça, la Toussaint de novembre, parce que les Français de France, des Dom, des Tom et d’ailleurs ont eu la possibilité de fleurir et de briquer leurs tombes, je rappellerai qu’en Algérie, des dizaines de milliers de tombes de Français, nos parents, nos amis, sont sales, sans fleur, explosées, éventrées souvent, cassées, sans plus rien dessus, ni croix ni étoile de David, sans rien d’autre que les chiens et les SDF des villages qui viennent chier et pisser dessus et même dedans…
Chaque Samedi J.T nous propose un éditorial explosif sur la vie d'un département pour le moins bananier et dévoile preuve à l'appui les étonnantes magouilles d'un aréopage de bidouilleurs professionnels et de mis en examens.

Par Eric Wagner
- bapceres
- Samedi 13/10/2007
- 11:32
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Il y a 50 ans, Albert Camus, prix Nobel de littérature.
" Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d'une foule innocente..."
Albert Camus
Le 16 Octobre 1957, Albert Camus, grand écrivain français né du petit peuple pied-noir d'Algérie, recevait à 44 ans le Prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre , débutée en 1936, dont les célébrissimes ouvrages «L’Etranger» en (1942), «La Peste» (1947), " «Actuelles I et II, Chroniques» (1950, 1953)….
De Mondovi (aujourd’hui Dréan, Est algérien, région où naquit en 354 le futur Saint-Augustin) qui le vit naître en 1913 d’un père commis de ferme tué en octobre 1914 lors de la bataille de la Marne et d’une mère employée de maison analphabète, à Alger ville- lumière source d’inspiration et d’aspirations, en passant par Paris ville des Lumières où il fut de tous les combats empreints d’humanisme, il aura été une des grandes Consciences universelles du 20 ième siècle, un Juste parmi les Justes dont la voix si moderne ne cesse de résonner. Sujet de très nombreuses recherches, il est notre contemporain
Quel destin, quelle ligne de vie
Sans l’opiniâtreté de son instituteur Louis Germain qui lui permit d’accéder au lycée Bugeaud d’Alger (il n’eut de cesse de lui rendre hommage pour l’avoir ainsi aidé, lui, le fils de pauvres), sans l’attention fraternelle de son professeur Jean Grenier, le monde n’aurait pas vu éclore l’œuvre d’Albert Camus, connaître la beauté de ses textes. Il reste un des écrivains les plus lus sur la planète, une référence morale, l’un des plus thèsè par les étudiants des 4 coins du monde. Ce n’est que mérite quand d’autres illustres, qui surent se montrer parfois cruels (jaloux ?) à son égard, sont quelque peu passés aux oubliettes.
Sa disparition lors d’un accident le 04 janvier 1960 sur une route de l’Yonne, avec son ami éditeur Michel Gallimard, fût à l’image de sa vie. Telle une tragédie grecque pour cet enfant de la Méditerranée qu’il a si bien louée (notamment «Noces» en 1939), il mourut comme il vécut, intensément.
En souvenir du 50 ième anniversaire du Nobel, Monaco rend hommage à Camus en 2007 en éditant un timbre commémoratif à son effigie.Et sa Patrie française? Et sa Patrie algérienne ? direz-vous à juste raison ! Silence à ce jour…
Du côté français entre les résultats d’un match de foot et de rugby, calé entre les mauvaises nouvelles du monde, peut-être aura-t-il droit, le Grand homme authentique, à un petit entrefilet pour s’en rappeler au moment de décerner les Prix Nobel 2007.
Mais en Algérie dont il est l’un des illustres enfants, alors que la plus grande part du pays réel cherche (en résistance à la nomenklatura au pouvoir depuis 45 ans s’arc-boutant sur ses privilèges) à renouer avec tous les pans de sa mémoire collective, dont celle pied-noire, qu’en sera-t-il… ?
Si Camus dans sa quête de l’Universel posa la question de «l’absurde» (Le Mythe de Sisyphe – 1942), du pourquoi de l’Homme en ce monde, c’est bien l’absurde au sens de ce qui peut relever de la plus franche absurdité (du point de vue de sa reconnaissance officielle, du bout des lèvres, mais rien n'empêchant de rêver qu'il en soit autrement demain. Le rêve est-il encore possible en Algérie ?) qui frappe Camus sur sa terre natale. Cette terre d'Algérie qu'il a vantée avec tant de ferveur, d'ardeur, exprimant également avec foi ardente et sans ambages son amour fraternel envers tous ceux qui peuplaient alors cette terre de tous les métissages, de toutes les histoires aux couches de sédimentations profondes et successives.Au nom de quoi ?
De la sempiternelle et infondée attaque dont il est l’objet depuis le discours de Stockholm le 10/12/57 au moment du Nobel.
De quoi s’agit-il ?
En réponse à la question d’un étudiant algérien d’origine musulmane adressée à Albert Camus, algérien d’origine européenne, quant à sa position et ses sentiments (à lui qui toujours combattit l’injustice où qu’elle se trouve, en Algérie également, défendant le haut principe moral qui est que de lutter contre l’injustice en se rendant coupable en retour d’une autre injustice n’avait aucun Sens ni fondement) au moment des terribles évènements de la bataille d’Alger (cycle infernal terrorisme urbain, répression, contre-terrorisme), celui-ci répondit en substance : «…je crois à la justice, mais je défendrais ma mère avant la justice..». Cette phrase tronquée à «juste» (dé)raison est celle qu'ont voulu retenir ses éternels détracteurs, dont le pouvoir de nuisance de part et d'autre de la Méditerranée est inversement proportionnel à leur réelle importance. elle est claironnée et entendue par qui veut ne l'entendre qu'ainsi. Bêtise quand tu nous tiens!
Haro sur «le petit blanc algérois raciste», soutien de l’oppresseur colonial ! Totale contradiction avec ce qu'était Camus au plus profond de lui-même, ses engagements et ses écrits en faisant foi.
Faux procès des falsificateurs les plus retors mais que ne trompe pas ses fidèles lecteurs et ses compatriotes. Camus faisait référence aux attentats aveugles quotidiens aux milliers de victimes dans les villes et villages d'Algérie (prémices du terrorisme moderne) des terribles années 56 et 57 («la bataille d’Alger») visant à toucher la population civile européenne innocente, à la briser physiquement, émotivement (sans qu’elle soit aidée par des cellules de soutien psychologique), sans distinction d'âge, de sexe, de qualités par des bombes «non sélectives» meurtrissant également des musulmans. Agissant ainsi, un des objectifs du FLN était de déclencher une terrible répression militaire au marteau pilon (la torture y pris malheureusement place) contre une population musulmane alors «suspecte». La stratégie FLéniste était de voir se grossir ses rangs disparates (notamment ceux de la ligne dure de la fracture totale avec la France) en contraignant de la sorte les récalcitrants, les indécis, les hésitants, les attentistes (ou bien encore ceux, nombreux, attachés à la Nation française) parmi ceux «d'origine autochtone» comme on le disait aussi alors, sujets des brimades et violences françaises en boomerang. Je précise ma pensée en affirmant qu’on ne peut pas faire abstraction d’avoir à se poser honnêtement la question des origines des violences afin de décrypter cette guerre qui fut aussi une guerre civile.
Cela marcha en partie.
l y avait aussi la volonté calculée, aux dramatiques et tragiques conséquences, de creuser un irréductible fossé de sang entre les communautés (mais dont l’espoir existait encore parmi les populations de le combler comme le démontrèrent les fraternisations de mai 58 desquelles naquit la IV République). Quand il est aisé de trouver de quoi remonter les ressorts de la haine, la violence démesurée en étant un des terribles leviers à la force incontrôlable, comment résister à une telle horrible pression quotidienne?
Certainement faut-il pour cela être éclairé afin de ne pas tomber dans la bestialité mâtinée aux slogans de «résistance ». Intervient alors le rôle majeur éveilleur de Conscience de Camus, parfois incompris des siens, comme lors de son appel à «la trêve civile» en 1956 où il enjoignait tous les protagonistes d'épargner les populations civiles objet de toutes les «convoitises», de tous les chantages. De tels hommes sont alors indispensables et c’est pour cela que tout est tenté pour les museler, les faire taire.
En agissant sciemment de la sorte, les poseurs de bombes des réseaux de Yacef Saadi pouvaient par leurs engins de mort, dans un bus ou dans la rue, tuer la mère de Camus, innocente parmi les innocents, seulement coupable «d’être». C’est cette peur là d’un fils pour sa mère (tous les fils, toutes les mères), cette douleur là ressentie par une population apeurée mais refusant d'abdiquer en continuant de vivre malgré tout (le peuple algérien des années 90 sait de quoi il s'agit et a, en tant que peuple frère du peuple pied-noir, tous les éléments pour comprendre) que Camus voulut exprimer, amener à en saisir toute la dimension tragique.
Après la décennie sanglante en Algérie, et au moment du procès de Rachid Ramda s’y rapportant, responsable des attentats du GIA à Paris en 1995, chacun est capable de saisir le sens profond de la réponse de Camus en réaction, dignement, au terrorisme aveugle pouvant nous faire perdre d’horrible manière un être cher. Sachons entendre les victimes, être compatissants eu égard à leurs douleurs.
Aujourd'hui, alors que le terrorisme est devenu «L'Arme» (comment en sommes-nous arrivés là ?), avec Camus nous ne pouvons que tous nous interroger sur le «que ferions-nous si nous étions confrontés à de telles situations» ainsi que dénoncer la perversité intellectuelle et active de ceux cautionnant «la fin justifiant les moyens», tous les moyens, pour toutes les fins, même les plus funestes pourvu qu’elles satisfassent à leurs horribles desseins. La liste est longue. Camus est là encore un éveilleur de notre conscience d'Homme, un grand parmi les grands.
Faudrait-il se retrancher derrière un mur d'idéologie aveuglante et confortable ne tolérant aucune remise en question pour ne point comprendre à leurs justes et dignes portées ces mots du cœur que l'on retourne contre Camus pour le salir;
Il était d'autant plus libre, trop au goût de ses adversaires, qu'il n'avait pas une analyse caricaturale de cette guerre fratricide où la légitimité des uns s'opposait à la légitimité des autres face à un pouvoir politique défaillant, incapable de proposer ce qui pouvait unir, rassembler dans un projet commun d'avenir toutes les composantes algériennes (ce sera pire après 58 et bien plus encore après son décès en1960 – mensonges, manipulations, intoxications, manigances, enlèvements et disparitions, violences extrêmes - où Camus manqua face aux enjeux dont on connait les drames qui en découlèrent et dont les témoins souffrent encore aujourd’hui au plus profond de leur être). La fraternité n’était pas pour lui un vain mot.
Il n’avait pas une vision simpliste, réductrice et manichéenne des évènements dramatiques en cours. Il ne se réfugiait pas dans le confort intellectuel visant à classer «les bons» d'un côté (ceux luttant pour leur émancipation, leur indépendance dont nombre souhaitait qu'elle se fasse dans un cadre fédéraliste avec la France), de l'autre «les mauvais» (s'y opposant, «bien sûr»!). En conscience, très justement, il dénonçait avec force les méthodes musclées et la torture pratiquées par des militaires sous les ordres du général Massu auquel le gouvernement avait donné, se défaussant, tous les pouvoirs civils et militaires.
Discrètement, Camus agissait, notamment avec Germaine Tillion la célèbre ethnologue (100 ans cette année), pour sauver de la guillotine des activistes algériens (lire de G.Tillion «les ennemis complémentaires», éditions Tirésias 2005) tout en ayant fait le choix de rester publiquement silencieux au sujet de cette sale guerre : «le terrorisme tel qu'il est pratiqué en Algérie a beaucoup influencé mon attitude (sur l'Algérie). Quand le destin des hommes et des femmes de son propre sang se trouve lié, directement ou non, à ces articles que l'on écrit si facilement dans le confort du bureau, on a le devoir d'hésiter et de peser le pour et le contre. Pour moi, si je reste sensible au risque où je suis, critiquant les développements de la rébellion, de donner une mortelle bonne conscience aux plus anciens et aux plus insolents responsables du drame algérien, je ne cesse pas de craindre, en faisant état des longues erreurs françaises, de donner un alibi, sans aucun risque pour moi, au fou criminel qui jettera sa bombe sur une foule innocente où se trouvent les miens» (cf «Avec Camus. Comment résister à l'air du temps» Jean Daniel Gallimard 2006).
Quelle belle leçon d'humanisme, de journalisme. Ce propos me fait penser au titre et à l'objet du livre de André Rossfelder, ami de Camus (concepteur de la COMEX, un des découvreurs de pétrole en Algérie en 1947 âgé de 82 ans il vit aux USA) «le Onzième Commandement» Gallimard 2000, « tu seras fidèle aux tiens, surtout quand la nation les oublie ou les diffame»… A méditer !
Est donc assassinable, aux yeux d'un terroriste (notre semblable ? Quelles Valeurs nous en protègent ?) celui qui a le seul tort d' «être», entrave physique à son délire ethnicide!
En réalité, la phrase complète de Camus à son interrogateur/interlocuteur, lui donnant ainsi tout son sens, est la suivante: « En ce moment on lance des bombes dans les tramways d'Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c'est cela, la justice, je préfère ma mère ». Tout homme, qui plus est méditerranéen quand on connait la place qu'occupe la Mère dans nos cultures de toutes les rives de la Méditerranée, ne peut pas ne pas comprendre, sans a priori, ce que dit Camus.
En 2005, un colloque sur Camus est organisé à Alger. Une première, perle rare! Le Président algérien A. Bouteflika y fit une visite et à Jean Daniel, présent, il dit ceci qui ne peut pas manquer de nous surprendre : «Vous savez comment je vérifie que Camus est un véritable enfant de l'Algérie? C'est lorsqu'il dit que si sa mère était attaquée, il préférerait la défendre plutôt que la justice. Et bien, c'est exactement ce que je sens, ce que je ferais, et je ne vois pas pourquoi Camus n'aurait pas eu le droit de le dire».
Bravo Monsieur le Président! Alors, qu'attend l'Algérie officielle pour honorer un de ses illustres enfants?
Pas une rue, pas une place, pas un lieu en Algérie, aujourd'hui ne porte son nom. Quel comble pour ne pas dire plus!
En 1960, après sa mort, le Conseil Municipal de Mondovi (Dréan de nos jours), son village natal, souhaita baptiser la rue centrale de son nom. L'exode des Français d'Algérie et l'Histoire en voulut autrement. Peut-être qu'aujourd'hui, Dréan (ancien Mondovi) pourrait le reprendre à son compte....?
Ah si, un lieu, un seul sur la terre algérienne pour honorer symboliquement Camus: une stèle sur le merveilleux site romain de Tipasa, ancien comptoir punique, patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982 (l'Algérie regorge de ces site merveilleux : Djemilla, Lambèse, Hippone, Tiddis, Timgad, Guelma...) déposée avant l'indépendance par un de ses amis, artiste, reprenant une des phrases de son livre, Noces, «ici on comprend ce qu'on appelle gloire, le droit d'aimer sans mesure». A méditer! Quelle ode à la Méditerranée, à l'algérianité, à l'amour de la terre algérienne.
L'exilé Camus repose en terre de France, à Lourmarin dans le Vaucluse où il avait acquis une demeure. Alors, chère Algérie, à quand une «rue Albert Camus, écrivain, Prix Nobel de littérature, enfant d'Algérie» à Alger qu'il chérissait tant et/ou ailleurs en ce beau pays?
Nous sommes très, très nombreux à l'espérer.
Eric-Hubert Wagner
"C'était pourtant sa terre du bonheur..."
- bapceres
- Samedi 14/10/2006
- 08:17
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Camus, « le premier homme » algérois Elle a 60 ans environ. Elle est vêtue d’une jupe noire et d’un tee-shirt blanc et porte son sac en bandoulière, tout serré contre elle. Mais, dans son regard, soudain, on sent passer l’effroi. L’effroi et la honte. On est en juillet 2006, à Roissy, au comptoir Air France d’un vol en partance pour Alger, et la personne qui accompagne cette Algérienne qui retourne au pays vient de lâcher à l’hôtesse l’indicible : « C’est compliqué pour elle de voyager seule. Elle ne sait ni lire, ni écrire. » On observe la femme ainsi réduite, en une phrase, une seule, à sa condition d’illettrée et on ne peut s’empêcher de penser à la mère et à la grand-mère d’Albert Camus, toutes deux analphabètes. Oui, Albert Camus, ce « monument » de la littérature française, a passé son enfance dans un appartement misérable d’Alger, dans lequel aucun livre n’avait jamais pénétré. Obligatoirement, cela laisse des traces. Des humiliations ravalées, des affronts essuyés. Des références à jamais absentes. Le sentiment, surtout, de ne pas être comme les autres. D’être à part. À part, avec cette mère taciturne, à demi-sourde et ayant des difficultés de langage. Cette mère « qui ne connaissait pas l’histoire de France, un peu la sienne, et à peine celle de ceux qu’elle aimait ». À part, aussi, différent, avec cette grand-mère autoritaire, qui dictait la loi à la maison. Empêchait le petit Albert de traîner dans la rue, l’obligeant parfois à faire des siestes à ses côtés dans la moiteur de l’été, à sentir près de lui « l’odeur de chair âgée ». À part, enfin, dans ce petit trois-pièces pouilleux où vivaient également son frère aîné, Lucien, et leur oncle, drôle de hère, sourd lui aussi, qui vivait avec son chien et emmenait Albert à la chasse « entre hommes », près d’Alger, ou à la plage des Sablettes. Une plage dont il ne subsiste aujourd’hui qu’un mince ruban de sable, longé de rochers, et qui a été recouverte aux trois quarts par une route à quatre voies avec en fond de paysage les trois colonnes bétonnées et imposantes du monument des Martyrs. Dans l’Alger d’aujourd’hui, rares sont ceux qui connaissent encore Albert Camus. Ce n’est pas comme Zinédine Zidane, autre Français aux racines algériennes, dont on voit la photo s’étaler sur des affiches de 4 mètres sur 3 pour vanter les mérites d’une marque de téléphone portable. La terre d’Algérie fut pourtant pour Camus sa « vraie patrie », « la terre du bonheur, de l’énergie, et de la création », celle où il a découvert pêle-mêle sa vocation d’écrivain, sa vulnérabilité - notamment lorsqu’il est atteint de tuberculose -, connu ses premiers émois amoureux et sensuels et cette rage de se distinguer, d’« arracher cette famille pauvre au destin des pauvres qui est de disparaître de l’histoire sans laisser de traces ». Mais cette « terre splendide et effrayante » fut aussi celle du questionnement, elle correspondit à l’éveil de sa conscience politique - il adhère au Parti communiste en 1935 avant de s’en éloigner - puis devint une terre de déchirement pour celui à qui on a reproché de ne pas soutenir assez les nationalistes algériens et à qui certains reprochent encore de n’avoir jamais, ou si peu, mentionné dans son oeuvre les Algériens, ceux qu’on appelait à l’époque les « indigènes ». Signe que les temps changent ? En avril, dans cette Algérie indépendante qu’il n’aura pas connue, un colloque « international » sur « Albert Camus et les lettres algériennes : l’espace de l’inter-discours » a été organisé à Tipasa. La fin d’un tabou ? Décrispation en tous les cas, à une époque où le président algérien Abdelaziz Bouteflika ne cesse de vouloir réactiver la polémique sur le rôle de la colonisation française. « Camus est dans l’imaginaire algérien, même si on ne le lit plus dans les établissements scolaires et dans les facultés », analyse aujourd’hui Afifa Bererhi, coordinatrice du colloque. « S’il a été tant contesté à une époque, c’est parce qu’il a provoqué une très grande déception, il a été considéré comme un traître. Mais la lecture idéologique de Camus est aujourd’hui secondaire, c’est le côté esthétique qui est privilégié », précise cette Algéroise qui dirige le département de français de l’université d’Alger. Sa manière de chanter les beautés de ce pays, « les enchantements solaires » et « les ivresses maritimes », de décrire les odeurs mêlées de la rue algérienne est donc reconnue. Ainsi, à Tipasa, à une heure d’Alger, au milieu de ces ruines romaines qui ont tant inspiré Camus, la responsable du site propose de faire venir le guide - aujourd’hui à la retraite - qui a assisté à l’installation de la stèle érigée en hommage à l’écrivain. Mais à Alger, pas une plaque, pas une référence. Dans l’ancienne rue de Lyon, devenue rue Mohammed-Belouizdad, les commerçants interrogés aux environs de la supposée demeure d’enfance de l’auteur de La Peste vous regardent avec des yeux ronds. « Albert “Camusse”, connais pas, il faut demander aux anciens. » Deux hommes d’âge respectable, mémoire du quartier, hochent la tête. Assis à l’ombre sur des tabourets posés sur le trottoir encombré, ils sont affirmatifs : « Vous n’êtes pas à la bonne adresse, c’est en face, c’est là qu’il habitait avec sa mère. » En face, difficile d’avoir une confirmation. La vendeuse d’un magasin d’électroménager se marre : « Il y a deux mois, un Japonais est venu nous poser la même question. C’est tout le monde qui cherche Albert Camus ! » « Tout le monde » n’est pas d’accord sur l’adresse exacte de l’écrivain. Habitait-il au 91, ou au 93, de la rue de Lyon, comme l’affirme dans sa biographie Olivier Todd ? Au 131, où le locataire du premier étage en a assez d’être dérangé tout le temps, ou au 124, « la vraie adresse », car, indique l’archevêque d’Alger, Henri Teissier, « c’est celle qui est indiquée sur son acte de baptême » ? Mystère. Une chose est sûre. Dans l’ancien quartier de Belcourt, l’ambiance n’a plus grand-chose à voir avec celle qui régnait lorsque, à la suite de la mort du père d’Albert Camus, sur le front, lors de la bataille de la Marne en 1914, sa veuve, Catherine, née Sintès, vient s’installer à Alger. À l’époque, voix françaises, arabes, espagnoles et italiennes se mêlaient. Aujourd’hui, c’est évidemment l’arabe qui domine, même si des enseignes en français demeurent de-ci de-là, comme au 131, signalé par un panneau « Chirurgien-dentiste-soins-prothèse-détartrage ». Les tramways bondés d’ouvriers algériens et français que le petit Albert empruntait, tôt le matin, pour aller au lycée ou se rendre « à Alger », comme on disait pour parler du centre de la ville, ont disparu. Mais la circulation est toujours aussi dense. Les commerces non plus ne sont plus les mêmes. Les éventaires alimentaires tenus par des marchands arabes ont disparu. Cacahuètes, pois chiches séchés et salés, sucres d’orge peints en couleurs violentes, « acidulés poisseux, pâtisseries criardes », « pyramides torsadées de crème recouvertes de sucre rose », « beignets arabes dégoulinants d’huile et de miel », décrits par Camus, ont disparu. Aujourd’hui, à côté des magasins établis - bijoutiers, vendeurs de tissus au mètre -, des petits vendeurs ont envahi les trottoirs mais proposent avant tout des objets de la vie quotidienne : duvets aux couleurs criardes, casseroles, chaussures en plastique roses, portables et autres gadgets plastifiés sont vendus, parfois à même le sol, par des Algériens barbus qui observent avec circonspection une femme occidentale non voilée. À quelques mètres, le cinéma Le Musset est fermé. Quand il y accompagnait sa grand-mère, endimanchée, ses cheveux blancs lissés et sa robe noire fermée d’une broche d’argent, le petit Albert vivait un supplice. Le cinéma projetait des films muets, assortis de petits textes. Après que la grand-mère eut lancé assez fort pour être entendue « tu me liras, j’ai oublié mes lunettes », le petit Albert devait lire à haute voix les résumés du Signe de Zorro, avec Douglas Fairbanks père, ou des Deux Orphelines. Plus loin, l’école communale proche du domicile a été transformée en mosquée. Mais Albert se rendait à une autre école, à dix minutes de là, rue Aumerat. C’est là que son sort a basculé. L’instituteur, M. Germain, modèle républicain du genre, à qui Albert Camus a dédié son prix Nobel, a pris sous son aile ce pupille de la nation. Il lui offrira Les Croix de bois, de Roland Dorgelès, et ira convaincre la grand-mère de le laisser aller au lycée, comme boursier, plutôt que de le faire travailler. Une nouvelle vie commence. Tous les matins, voyageant souvent sur le marchepied du tramway, Camus se rend au grand lycée d’Alger, rebaptisé Bugeaud en 1930, au sud de Bab-el-Oued. Il découvre que tout le monde n’y est pas aussi pauvre qu’à Belcourt, lui qui hésite à écrire la profession de sa mère, femme de ménage, sur les fiches de renseignement. « Bébert » devient un mordu de football, s’entraînant durant la récréation avant d’entrer au Racing universitaire d’Alger, le RUA. Le lycée est toujours là, façade imposante et blanche, face à la rade d’Alger. Mais il n’y a aucune trace du passage de Camus. À côté, le jardin Marengo n’a pas bougé. Mais on n’y voit aujourd’hui que des hommes assis, seuls, sous les bananiers. La plage Padovani n’est plus fréquentée, en ce mois de juillet, que par des jeunes garçons qui se baignent tandis que quelques femmes voilées restent en retrait sur le sable. À dix minutes, l’église Notre-Dame-d’Afrique où le jeune Camus se rendait parfois avec des amis domine toujours la baie d’Alger. Mais les escapades canailles dans les bars frais de Bab-el-Oued, où les hommes commandaient une anisette et les femmes un sirop d’orgeat, ne pourraient plus avoir lieu aujourd’hui : le quartier est devenu islamiste. Les inscriptions sur les murs - Forza Ussma (« Vive Oussama ») -, de même que la tenue des femmes - pour certaines voilées de la tête aux pieds, en noir - ne laissent aucun doute. Aucune trace non plus du passage de Camus dans l’ancienne rue Charras, où Edmond Charlot, qui l’édita, tenait une librairie-bibliothèque, au 15 bis. Seul clin d’oeil dans ce lieu qui fut si important pour l’écrivain : de jeunes Algériens vendent sur les marches des livres d’occasion. Dans le tas, entre un exemplaire d’un livre intitulé Du léninisme au stalinisme et un dictionnaire de français, Élise, ou la vraie vie, d’Etcherelli, mais pas un Camus... Anne Fulda, Le Figaro, 03 août 2006 Albert Camus (1913-1960) "Je pense à Camus : j'ai à peine connu Camus. Je lui ai parlé une fois, deux fois. Pourtant, sa mort laisse en moi un vide énorme. Nous avions tellement besoin de ce juste. Il était, tout naturellement, dans la vérité. Il ne se laissait pas prendre par le courant; il n'était pas une girouette; il pouvait être un point de repère." Eugène Ionesco Notes et Contre-Notes Gallimard, 1962  Albert Camus est né le 7 Novembre 1913 en Algérie d'un père d'origine alsacienne et d'une mère d'origine espagnole. La famille est de condition modeste. Il est le deuxième enfant du couple: il a un frère, Lucien, plus âgé de 4 ans. Son père est mobilisé en septembre 1914. Blessé à la bataille de la Marne, il meurt à Saint-Brieuc le 17 octobre 1914. Camus n'a donc pas connu son père. Dès la mobilisation de son mari, Catherine et ses deux enfants vont s'installer chez sa mère à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt. Albert et Lucien seront plus éduqués par leur grand-mère, une maîtresse femme, que par leur mère qui abdique toute responsabilité en raison de sa quasi-surdité et d'une difficulté à parler. A l'école, son instituteur, Louis Germain, le pousse à passer le concours des bourses: il pourra ainsi poursuivre ses études au lycée et à l'université. Il lui garde une telle reconnaissance qu'il lui écrira en 1957 lorsqu'il recevra le Prix Nobel de Littérature. Journaliste, écrivain, passionné de théâtre, il marque la vie culturelle française de 1936 à 1960. Comme tous les Français d'Algérie, il est traumatisé par la guerre d'Algérie dont il ne verra pas le dénouement tragique. Le 4 Janvier 1960, il trouve la mort dans un accident de voiture. SES CITATIONS
« Le bonheur est la plus grande des conquêtes, celle qu'on fait contre le destin qui nous est imposé. » [ Albert Camus ] - Extrait des Lettres à un ami allemand
« Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou. » [ Albert Camus ] - Extrait des Carnets
« Les doutes, c’est ce que nous avons de plus intime. » [ Albert Camus ] - Extrait des Carnets
« Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout. » [ Albert Camus ] - Extrait des Carnets
« L'homme du siècle demande des lois et des institutions de convalescence, qui le brident sans le briser, qui le conduisent sans l'écraser. » [ Albert Camus ] - Extrait des Réflexions sur la peine capitale
Nier « Je puis nier une chose sans me croire obliger de la salir ou de retirer aux autres le droit d’y croire. », Caligula, 1944
Voler
« Gouverner, c’est voler, tout le monde sait ça. Mais il y a la manière. Pour moi je volerai franchement. », Caligula, 1944 Son oeuvre.- Réflexions sur le terrorisme- La Baleine - Chroniques Algériennes- L’état de siège- Actuelles- Discours de Suède- Le Premier Homme- Les Justes- L’Etranger- Lettres à un ami allemand- Réflexions sur la peine capitale- L’envers et l’endroit- Le mythe de Sisyphe- Les possédés- La peste- Journaux de voyage- Caligula- La chute- L’homme révolté- Noces- Le malentendu- Carnets- L’exil et le royaume- Requiem pour une nonneLa liberté est un bagne aussi longtemps qu'un seul homme est asservi sur la terre. N'attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours. Nous vivons avec des idées qui, si nous les éprouvions vraiment, devraient bouleverser toute notre vie.
Seule la vérité peut affronter l'injustice. La vérité, ou bien l'amour. Ce n'est pas la révolte en elle-même qui est noble, mais ce qu'elle exige.
Par Cyrano Quand Albert Camus enseignait le français à Oran
| Entretien avec Catherine Camus. Le 28 novembre 2006 Catherine CAMUS est intervenue à la Cité du livre à Aix en Provence, à propos de son père Albert Camus et de son œuvre. Catherine Camus dit être venue pour « parler de mon père ».dont elle a fait publier son dernier ouvrage à titre posthume Le premier homme (Gallimard 1994). Elle pense qu’il faut « extraire la culture des cotes privées parisiennes. La culture dit-elle est une ouverture, un accès à la tolérance, pas une accumulation de savoirs. » http://dzlit.free.fr/acamus.html#070108
Pour en savoir plus sur la jeunesse d'Albert Camus... http://pierrejean.cardona.free.fr/jeunesse_de_camus.htm  Editoriaux, dessins humoristiques, comptes-rendus d’audience , le procès intenté par des organisations musulmanes contre Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, à la suite de la publication par l’hebdomadaire satirique des caricatures de Mahomet , a fait « la une » de la presse française. Le refus de céder à la peur et de pratiquer l’autocensure a, en France, des racines profondes parmi lesquelles on se doit de citer Albert Camus, le journaliste et le résistant.
« Ne dites pas à un fanatique qu’il est fanatique, il le prendrait très mal »(1) L’auteur de L’étranger et de La peste , le penseur du Mythe de Sisyphe a été, on le sait, un grand résistant de 1942 à 1944 en dirigeant Combat, journal clandestin. On sait que pendant la guerre d’Algérie , il a condamné le terrorisme responsable de tueries de civils. Mais beaucoup ignorent comment , avec son ami Pascal Pia, il s’opposait , en les ridiculisant, aux militaires de Vichy qui, en 1940 étaient chargés de surveiller le quotidien Alger républicain.(2)Les facéties des deux journalistes valent les meilleurs blagues de Charlie Hebdo.
Camus face à la censure de Vichy
« Les hommes se jugent à l’usage qu’ils font de leur puissance. Il est remarquable que les âmes inférieures ont toujours tendance à abuser des parcelles de pouvoir que le hasard ou la bêtise leur ont confiées » Cette phrase qui , à l’évidence désignait les censeurs, a échappé à leur vigilance : elle a été publiée dans Alger républicain en 1940. Nos deux journalistes se divertissaient en rédigeant des citations imaginaires qu’ils attribuaient à Pascal, Montaigne ou André Maurois, ce qui embarrassait les représentants du maréchal. Un jour , ils ont voulu publier sans en préciser l’origine un extrait de « la guerre de Troie n’aura pas lieu », pièce de Jean Giraudoux, alors commissaire à l’information de l’ Etat français . Ce texte avait été jugé subversif par l’officier de service, « architecte assez inculte dans le civil » .(2). Notre censeur s’apprêtait à le supprimer lorsqu’on lui révéla le nom
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- zakad : Après 46 ans, nos réactions sont toujours passionnées. Comme si nous réagissions toujours à chaud. N'est-ce pas là réaction d'un amour ardent entre amant et maitresse? Ne cherchons pas à connaître qui est l'amant qui est la maîtresse, l'important est que l'amour soit sincère et que les bises de reconciliation se fassent!
- ferhaoui : le deracinement de mon algerie
- bapceres : "IL N'EST RIEN QUI AIT UN GOUT PLUS AMER...QUE LA VERITE;.
Proverbe Yddish
- bibos : je sui plutot du constantinois mais je suis d'accord avec vous . le patrimoine doit etre protégé. l'humanité y a droit.
- PEDEMONTE : Bonjour à tous,
Je suis heureux quand on parle de Kouba....mais je suis malheureux de constater que la plupart de ceux qui réagissent sur ce site et qui semblent nostalgiques de Notre KOUBA, ne sont pas adhérents à Amicale des Anciens Koubéens. C'est pourtant si bon de se retrouver pour évoquer le passé.
Jacky PEDEMONTE
Président de l'AAK
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La réconciliation en marche...
LA RECONCILIATION EN MARCHE...
Aujourd'hui, malgré une nostalgie toujours aussi vivante,mes sentiments à l'égard de mon pays sont inchangés.Un mélange d'amour et de regrets.
Comme beaucoup de mes compatriotes, qui sans avoir tourné la page ou renié leur passé, j'ai choisi d'illustrer une autre facette de ce que la communauté pieds noirs a l'habitude de montrer.
Lassés de voir nos représentants souvent auto-proclamés s'agiter bêtement autour de certains leaders, reprenant à leur compte ce qu'il n'est ni permis de dire, ni de penser, nous sommes de plus en plus nombreux, de part et d'autre des deux rives, à penser qu'il est temps de faire connaître et d'exhiber les relations fraternelles qui existent entre nos deux peuples.
Dans les deux camps, une minorité d'agités complètement dépassés continuent d'entretenir un état d'esprit revanchard et un climat de haine, occultant, camouflant et semblant complètement ignorer les réelles relations d'amitiés qui les unissent.
Cette vision à sens unique de l'Histoire largement soutenue par une propagande souvent démesurée ne trompe plus grand monde.
Savoir, comprendre et découvrir "la Vérité sous toutes ses formes" jusqu'ici falsifiée d'un côté et souvent inventée de l'autre devient une nécessité absolue.
Certaines déclarations alambiquées, plus folkloriques que représentatives de l'opinion publique algérienne ne doivent pas freiner notre enthousiasme. La réconciliation, mektoub, est en marche...Un premier pas que Pieds Noirs et Algériens sont peut être disposés à franchir ensembles.
L'Emir
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«L’Emir Abdelkader a montré que la religion n’excluait pas la science, que la science n’excluait pas l’humanisme, que la foi n’excluait pas le spiritualisme», initiateur du dialogue islamo-chrétien, il montre le chemin de la réconciliation entre les deux rives de la Méditerranée..... M. Boutaleb, président de la fondation Emir Abdelkader.
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