Mots-clés : France
Polo, c’est un enfant de Bab el Oued comme il y en avait des centaines dans ce « haut lieu de la colonisation ». Cet enfant d’la bas, comme tous ses p’tits copains arabes, juifs où comme lui d’origine incertaine, il était persuadé qu’ses ancêtres c’était Vincingétorix, depuis il a compris pourquoi qu’les français y z ‘avaient choisi le coq comme emblème…parceque c’est le seul animal qui continue de chanter avec les deux pieds dans la merde. Ça c’est une citation de je sais plus qui mais j’vous jure c’est pas de moi !
Son enfance ou plutôt son adolescence comme y disent les pédagogues, elle s’est passée dans une ambiance de guerre que l’habitude elle lui faisait plus faire enttention. En Algérie, la terre elle tremblait souvent engloutissant des villes entières, mais c’était rien à côté du tremblement de terre gaulliste qui nous attendait et qui comme toutes les catastrophes naturelles qui respectent les lois de la probabilité, elles risquent de se reproduire, mais cette fois ci avec les pathos à la place des pieds noirs. "Avant qu'la chcoumoune elle nous tombe sur la tête", Polo y grandissait dans une atmosphère de joies, d’espérances mais aussi de deuil, de peur et d’angoisse. A 16 ou 17 ans, Polo c’était déjà un homme. Un homme triste et révolté. Tu verras elle lui disait sa mère, avec l’âge tu changeras ! mais lui, Polo, y savait bien qu’il ne changerait jamais, non jamais. A 16 ou 17 ans, Polo, il est parti laissant derrière lui son Algérie d’enfant, ses p’tits copains de Bab el Oued, ceux là de l’été au cabanon, ceux là de son école qu’il aura vu en flamme avant de partir. Pendant que ses copains pieds noirs, qui manifestaient déjà de nombreux symptômes d’amnésie, y découvraient dans les bouffas les mœurs faciles des filles de France, lui Polo, y s’acharnait à leur pourrir la vie en les harcelant avec l’Union Française pour l’Amnistie. A cette époque plus de 4000 des nôtres croupissaient dans les prisons gaulliennes. Ils avaient remplacé dans les geôles du Pinochet des français les héros du FLN qu’on venait de libérer.
Quarante cinq ans après, grâce à Dieu, Polo comme Julio, y l’a pas changé. De son Algérie, de son quartier, de son cabanon, Polo dans son cœur il en fait un mausolée et dans sa tête il sait qu’un jour, avant de partir, il retournera vers cette terre et ses habitants qu’il n’a jamais oublié et pour laquelle, même si ça dérange encore quelques excités, il ressent un trop plein d’affection.
Alors Polo, en attendant y continue d’ouvrir sa grande gueule pour dire aux français de France et à tous les coulos qui z’ont pas envie de l’entendre, ce qu’il a sur l’estomac, sur le cœur et ailleurs. Depuis 45 ans, il répète comme le petit chien de la voix de son maître que tous ces malheurs c’est à cause du salopri que vous savez . Polo,
Polo y va bientôt avoir 60 ans, cette France où il n’a jamais voté continue de lui donner de l’urticaire. Son rêve impossible c’est l’Algérie, une Algérie débarrassée de ces termites dont l’issue finale ne peut être que l’écroulement de 50 ans de tricheries. Une Algérie qui ne demanderait plus de visas aux pieds noirs, une Algérie qui honoreraient sans distinction tous ses morts, tous ses habitants. Une Algérie qui par ses richesses reprendrait la place qui lui revient dans le monde…mais Polo y sait très bien que cela n’est qu’un rêve…mais ce babao y continue toujours d’y croire.
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