Si M. Messmer en veut aux officiers qui ont gagné la guerre d'Algérie, ce n'est certainement pas parce qu'ils avaient su contrer avec succès, comme il le reconnaît lui-même, une guerre révolutionnaire basée sur un terrorisme barbare, mais plus probablement parce qu'ils ont enfreint ses ordres d'abandon des Harkis, leur permettant ainsi d'être les témoins. Sans ces officiers respectueux de leurs engagements envers leurs hommes, que l'on peut aussi appeler des "justes" par analogie aux Français courageux qui ont sauvé des familles juives durant la dernière guerre mondiale, il n'y aurait pas eu de survivants au massacre des Harkis conçu et mis en oeuvre, avec la complicité du F.L.N., par le gouvernement français. Les faits historiques accusent le général De Gaulle et ses gouvernements d'alors de crime contre l'humanité. M. Messmer le sait. Le procès Papon vient de démontrer la responsabilité personnelle des hauts fonctionnaires face aux actes condamnables de l'Etat qu'ils doivent servir. Il sait qu'il n'échappera pas au jugement de l'histoire n'ayant même pas, comme M.Papon, l'excuse d'avoir appartenu à un gouvernement sous tutelle d'une occupation étrangère.
En tant que Ministre des Armées de 1960 à 1969, M. Messmer a eu la responsabilité d'exécuter les ordres du Chef de l'Etat, le général De Gaulle. Ainsi, il a la responsabilité du massacre de Saint-Denis-du-Sig en Oranie, le 21 mars 1962, au cours duquel des dizaines de Harkis et leurs familles furent publiquement massacrés. M.Jean-Pierre Chevènement a témoigné du massacre ce jour là de ses propres moghaznis (500.000 Harkis à la recherche de leur histoire - Emission de Mme Gaspard – France Culture - 3 août 1989 - Cf. page 238 du "Livre des Harkis").
Il a la responsabilité du désarment des Harkis et du retrait des postes militaires des forces françaises devant garantir le respect des "accords d'Evian" : entre 30.000 et 150.000 Harkis assassinés et 3000 à 25.000 disparus pieds-noirs selon les sources (cf. lettre de M. André SANTINI). Il a la responsabilité des ordres de renvoi en Algérie des Harkis arrivés en France "leurs papiers n'étant pas en règle" (Le Figaro du 23 mai 62), qui ont été assassinés par le F.L.N. sur les quais dès leur arrivée.
Il a la responsabilité des milliers de musulmans fidèles à la France qui
se sont vu refuser l'entrée des casernes militaires et qui ont été assassinés
sous les yeux de soldats français ayant reçu les consignes de ne pas
intervenir.
M. Messmer était Ministre des Armées des gouvernements Debré et Pompidou durant cette période dramatique de notre histoire. Il a été immédiatement informé du sort des Harkis, dès les premiers massacres ayant suivi les "accords d'Evian", par les interventions à la Chambre du Bachaga Boualam, Vice-Président de l'Assemblée Nationale, et par celles des 63 autres élus d'Algérie. Ces "accords" ne prenaient pas en considération l'avenir des Harkis qui devenaient, au mépris des Droits de l'Homme, automatiquement des "algériens".
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