Enfants de Bab el Oued, la seule équitation que nous pratiquions...C'était sur les bourricots du square Bresson avant que n'apparaissent les sulkis en fer.
Le choix maladroit de la dénomination "France-Maghreb", dénote une méconnaissance totale de notre histoire et de notre milieu, ainsi qu'un manque de psychologie et de communication. Cette association dont la dénomination hasardeuse et le nom équivoque en rappelle une autre, France-Algérie, présidée par un certain monsieur Lucien Bitterlin. (que nous n'avons pas à présenter, pratiquement le seul rescapé de la mission "C", autrement dit : les barbouzes dont il était le chef. )
Cette conotation malheureuse aura suffit à hérisser la communauté à l'épiderme chatouilleux que sont les Pieds Noirs. Attribuons cette maladresse à des jeuneaux soudainement débarqués dans le monde rapatrié, où "l'esbrouffe et la tchatche" enrobée de trémolos et de sanglots exagérés ne parviennent plus à émouvoir une communauté habituée à 45 ans d'hypocrisie, de pitreries et de mensonges. Les résultats seront jugés sur pièces.
Quelques soient les manipulateurs qui se cachent derrière cette association, arrêtons de massacrer virtuellement ce pauvre Pappalardo, dont la littérature pommadée fait bien rire ce qui le connaissent. Toutefois, en restant franchement optimiste, il pourrait être bien capable de servir nos revendications et réussir l'oeuvre colossale de réhabiliter non pas des cimetières en bon état, mais de conclure avec l'état Algérien, un accord de respect, de protection et d'entretien de ce qu'il reste de nos cimetières... et puis vu le nombre de fantaisistes en tous genres que l'on cotoie sur le net et ailleurs, Pappalardo aura de fortes chances de passer inaperçu.
Ceci dit, la fin justifiant les moyens, avant de tirer à boulets rouges sur cette association "marseillaisement" gesticulente et bruyante, observons une trêve. "Halte au feu" en attendant les premiers résultats !
Je connais bien Pierre Henri Pappalardo puisqu'il est mon cousin germain. Devant toutes les attaques qu'il provoque par une surmédiatisation, il faut l'avouer, assez suspecte, je me suis également posé la question de savoir qui se cachait derrière cet homme, avec qui j'ai passé plus de vingt ans de notre naissance à une majorité bien avançée.
Comme Polo, nous sommes nés d'un milieu plutôt pauvre, ce qui n'est pas une tare. Nous aurions préféré, mais ce n'est pas si sûr, être de la progéniture des Borgeaud ou des Blachettes, mais un heureux hasard nous a fait naître enfants de Bab el Oued, de parents honnêtes et travailleurs, plutôt pauvres que riches, ce qui ne nous empêchait pas d'être heureux et choyés comme la plupart de nos petits copains d'alors.
Nos jeunes années s'écoulèrent dans la maison de notre grand-mère où nous étions nés en plein coeur de Bab el Oued et où nous avons vécu, heureux, jusqu'à l'age de 8 ou 10ans. La rue Mazagran à Bab el Oued était à tous points de vue aux antipodes de la rue Michelet. Nos jeux, sous les regards de nos parents, se passaient dans la rue où nous avions l'affection de tous les commerçants que nous encombrions de nos trotinettes et autres accessoires. Un peu plus tard, nos parents abandonnèrent la maison familiale pour installer leur foyer, Pierre Henri parti pour Notre Dame d'Afrique, 3 km à vol d'oiseau et moi, moins chanceux pour la rue Berthelot, à deux pas de la Grande Poste. Cette déportation fut agréable pour PierreHenri qui logeait dans une petite maison qu'aujourd'hui on appelerait un cabanon, mais avec un magnifique jardin et beaucoup moins pour moi, qui considérait cette éloignement comme un premier exil m'obligeant à traverser la ville plusieurs fois par jour pour rejoindre mon école et mon centre d'intérêt, ma rue et mon quartier.
Jusqu'à l'indépendance, suivant l'intensité des évènements, notre vie se passa entre la maison natale où nous allions, à deux pas à l'école et nos foyers dortoirs. En 1960, les Pappalardo, en insécurité à Notre Dame d'Afrique redescendirent sur Bab El Oued et s'intallèrent rue Eugène Robes, juste en face du cinéma "Variétés". Cela concidait avec notre scolarité car de l'école primaire nous passions, généralement avec tous les gosses du quartier, au collège de la rue Condorcet. Les plus doués, comme notre cousin Pierrot Vuolo, étaient orientés vers le Lycée Bugeaud, les autres n'avaient pas le choix, c'était le travail ou le CEG. Cette fin de guerre d'Algérie fut un handicape certain pour nos études entrecoupées par les évènements répétitifs qui secouaient, et le mot n'est pas trop fort, Alger et Bab el Oued à cette époque. Nous arrivions péniblement en quatrième quand il fallut plier bagages où justement nos bagages scolaires ne tenaient pas une grande place. Ce qui ne nous facilitera pas une bonne reprise scolaire en arrivant en France.
L'indépendance arriva, tout le monde débarqua dans la région de Marseille, puis comme toutes les familles, ce fut l'éclatement. Cannes, Beziers et Marseille pour les plus chanceux, Pierre Henri repartit à Alger pour un an, où son père était indispensable pour liquider la société de transit dans laquelle il travaillait depuis sa jeunesse, quand à moi j'eu le privilège d'attérir à St Ouen, une sorte de Sibérie où cette année là, l'hiver fut aussi inhospitalier que les français qu'on venait déranger. Bien heureusement et malgré une réinsertion réussie, mes parents décidèrent un an après d'aller vers des cieux plus cléments. Ce fut Marseille où Pierre Henri précédait ses parents qui s'apprêtaient à rentrer d'Algérie.
C'était en 1964. J'avais 18 ans, A cette époque, alors que je menais de front de difficiles études secondaires en même temps qu' une carrière sportive, j'employais la plus grande partie de mon temps à correspondre avec nos prisonniers et à militer pour une amnistie qui viendra tardivement. Je dois dire que mon entourage de copains pieds noirs déjà amnésiques, ne manifestaient guère une solidarité excessive et préfèraient fréquenter d'autres milieux plus joyeux. Pierre Henri qui habitait à cinquante mètres de chez moi et que je voyais tous les jours, ne semblait pas comme la plupart de nos copains pieds noirs, traumatisé par la situation de ces compatriotes embastillés. C'est à cette époque, entre 18 et 19 ans que nos peu glorieuses carrières scolaires prirent fin. Nous étions condamnés à devenir de mercantiles petits commerçants dont les seuls bagages scolaires étaient un certificat d'études primaires et le brevet sportif et pour moi le brevet parachutiste prémilitaire. Mais étant pieds noirs, nous avions toutes les espérences.
Cette jeunesse passée côte à côte fut tout de même assez joyeuse, puisque nos parents respectifs nous envoyèrent 'bessif" à l'école jusqu'à presque vingt ans, ce qui nous permit d'acquérir un minimum de culture générale sans toutefois prétendre être des intellectuels. ( hé oui...c'est comme la confiture...voir les proverbes...)
Nos premiers pas dans la vie furent facilités grâce à nos parents qui comme la plupart des français de cette époque accédaient à une certaine aisance de "petits français moyens". A l'exemple de nos ainés, tout le monde se mit au travail et la vie continua. " Ce ne fut pas Waterloo non, mais ce ne fut pas Arcole", chantait J.Brel en ce temps là, et le temps passa, aucun de nos copains ne devint ni Afflelou, ni Trigano.
C'est à cette époque que je perdis complètement de vue ce cousin qui s'était marié très jeune à une sympathique oranaise. Restant en contacte épisodique avec ses parents et quelques familiers, j'eu l'incroyable surprise, une trentaine d' années plus tard de découvrir, au hasard d'une chicaya sur un site pieds noirs, son implication associative. Lui faisant part bien entendu de mes craintes quand à la façon de présenter l'état de nos cimetières, donnant la nette impression de prendre l'ensemble de notre communauté pour des attardés, sa réponse fut "courtoise" mais complètement hors sujet.
Mon opinion à propos de France-Maghreb n'est pas définitive. En dehors de quelques voyages pour Pieds Noirs du troisième âge, de quelques coups de chaux au cimetière de Maison-Carrée et de quelques pompeuses interventions télévisées, rien de concret n'est à porter au palmares de France-Maghreb. Il serait urgent de connaître quels sont les sites où la réhabilitation a véritablement commençé. Le cimetière de Relizane ou le cimetière marin de Mers el Kebir sont des chantiers PRIORITAIRES... Une délégation de Pieds Noirs pourrait alors se rendre sur les lieux et accorder en même temps que nos excuses de suspiscions, un satisfaicit à France-Maghreb.
Jusqu'à ce jour, la seule association sérieuse que les pieds noirs reconnaisent, l'ASCA, est en mesure de nous donner des informations exactes sur l'état des cimetières. La première démarche de France-Maghreb eut été de se rapprocher de l'ASCA, qui depuis plus de 20ans est sur le terrain. Envisager le rapatriement des corps est une ânerie sans nom qu'il n'est même plus la peine de développer tant cela relève de l'opportunisme, de l'incapacité et du ridicule.
Il serait temps que la tchatche, le rêve et le politique laissent la priorité à la raison.
Il serait temps que France-Maghreb passe du statut d'agence de voyage à celle d'entrepreneurs non pas de pompes funèbres mais de construction, car nos morts, enterrés en terre natale n'auraient certainement pas voulu être rapatriés.
Alors ! Attendons et observons!
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