Plus de 60 ans séparent ces deux photos.
Histoires que à Bab el Oued elle aurait pu être vraie…
Maurice quand il était p’tit, il habitait Notre Dame d’Afrique, à mi chemin entre la basilique et l’asile des fous de chez Rouby. Son premier voisin à trois cent mètres c’était Mohamed Duval, un faux jeton d’évêque qui deviendra cardinal.
Au fond du ravin il avait des voisins plutôt tranquilles, c’était l’immense cimetière de St Eugène. Notre dame d’Afrique c’était un peu la campagne où quand même le trolley bus il arrivait jusqu’au petit séminaire. Les pères blancs, des sacrées peaux de vache, dispensaient une éducation plutôt musclée aux enfants de riches dans un collège qui ressemblait plus à la prison de Barberousse qu’à une école. Mon père un jour il a eu la bonne idée de vouloir me mettre en demi pension dans cette institution que quand on rentrait on se demandait toujours quand est ce qu’on en ressortirait. Mes études elles étaient plutôt ratées et cette solution semblait la bonne à condition bien sûr de réussir un examen d’entrée que ces braves curés réservaient à leurs clients que plus y z’étaient riches, plus y z’ avaient la faveur d’être éduqués comme des spartiates.
Convaincu de ne jamais vouloir entrer dans cette école et encore moins d’en ressortir quelques années plus tard marqué à vie, je décidais de saboter mon examen d’entrée en faisant volontairement les 5 fautes à la dictée qui étaient éliminatoires et qui m’éjectait automatiquement du système.
Après un examen de deux jours qui fut un véritable parcours du combattant, je m’en allais, soulagé, attendre dans les huit jours les résultats négatifs de cette épreuve. Je savais bien que mon père serait contrarié pendant quelques jours de cet échec mais moi, dans le cas inverse, je risquais d’être contrarié pendant plusieurs années.
Le jour des résultas fut mémorable, j’avais fais 45 fautes (dont cinq volontaires) à cette dictée où je n’avais strictement rien compris. Mon père n’insista pas et je me retrouverais rapidement sur les bancs d l’école laïque et républicaine, dans ce magnifique collège de Bab el Oued, le collège Condorcet, où je retrouvais tous mes p’tits copains de l’école Rochambeau et de la rue Mazagrand.
Je l’avais échappé belle !
Revenons à Maurice !
Momo, comme on l’appelait, il était quand même un peu bizarre et je sais pas si c’était le voisinage de chez Rouby, mais y donnait par moment des signes inquiétants d’une logique que à Bab el Oued théoriquement elle aurait pu passer inaperçue.
Un peu comme Ouin-ouin, un cousin éloigné de France, un léger fil sur la langue le faisait franchement zozoter ou zézéyer, surtout quand l’émotion ou la colère elle s’lui montait dans les narines. En 1954, Momo il avait hérité de son grand père un petite somme certainement amassée laborieusement et comme y savait pas où la mettre, il décida d’acheter un vespa 400. Vous vous rappelez tous de ce modèle de voiture de maximum deux mètres de long qu’elle pouvait rentrer dans
Délesté de ses économies et propriétaire de sa nouvelle voiture, Momo y se promenait dans tous les quartiers de Bab el Oued pour montrer sa nouvelle acquisition. A cause de sa grande taille, Momo le Touil comme on l’appelait, la moitié de sa tête elle lui sortait par le toit ouvrant et heureusement qu’à Bab el Oued on jouissait d’un micro climat et que la pluie elle était plutôt rare.
Un jour Momo, y débarque avec un sousto et une rabbia terrible chez monsieur Henri, le tôlier qu’on a raconté un peu sa vie tout à l’heure que sa sucursalle se trouvait au café de la rue Cadix, et rouge de colère il explique au brave tôlier que chaque soir quand y remonte à Notre Dame d’Afrique, dans les virages en épingle à cheveux, un gros camion, toujours le même…
« che p’tin d’ camion , y m’sherre, y m’sherre et bessif y m’oblige à caler dans l’focher (le fossé).
Si j’l’attrappe à ce coulo, j’lui nique ses morts, sa mère, son père, ses frères et ses sœurs…c’est p’t’être Momo qui l’a inspiré la chanson « si j’avais un marteau » !
« C’est pas difficile ! » il lui répond monsieur Henri, en homme de l’art et avec le plus grand sérieux que déjà dans ses yeux on pouvait apercevoir des étincelles d’une bonne rigolade,
« Prends un madrier, accroche le au pare-choc avant de ta voiture, installe deux lumières de chaque côté à chaque extrémité et quand tu croiseras le camion et son coulo de chauffeur, y croira que c’est un autre camion et si t’i es malin, c’est toi qui le bascule dans le fossé. » joignant un geste bien de chez nous à ces paroles. Tiens !
« Vous êtes un génie, m’chieu Henri ! » et l’entrevue elle alla se terminer comme toujours autour d’une anisette devant la khémia de Monsieur Camps au Café Cadix.
Trois mois y passèrent, on voyait plus Momo et puis un jour on s’le revoit revenir dans le costume de l’homme invisible, enrubanné, saucissonné comme une momie.
« Hé Momo ! qu’est ce qui t’arrive ? « y lui dit m’sieur Henri, « main’ant tu fais d’la réclame pour une marque de sparadrap ? »
Momo, lui y rigolait pas…
« Vous shavez pas, m’chieu Henri, quand le chauffeur du camion y ma vu arriver…
Il a cru que c’était deux bicyclettes et il a voulu passer au milieu ! »
Dans vos commentaires, n'oubliez pas de laisser vos coordonnées, ADRESSE E-MAIL de préférence.

Réactions
→ plus de commentaires