Les barbouzes en Algérie
A l'image des états d'âme des hommes de la Main rouge, la fin de la guerre d'Algérie est le théâtre d'une guérilla franco-française où tous les coups sont permis et les repères politiques traditionnels embrouillés. De Gaulle est revenu au pouvoir en mai 1958 par un coup de force préparé par ses fidèles. Il n'a aucune confiance dans les services de l'Etat et préfère s'entourer d'hommes de l'ombre, tels Jacques Foccart ou Constantin Melnik, dévoués à sa personne et qui le suivront dans tous ses revirements politiques. Cette conception de l'Etat marquera profondément la Cinquième République.
En Algérie, le conflit n'a pas de limites. Constantin Melnik, chargé des services secrets de janvier 1959 à avril 1962 auprès du 1er ministre Michel Debré, affirme[5] : « les “neutralisations” commises par les services du général de Gaulle durant la guerre d'Algérie sont plus nombreuses que celles perpétrées par les services secrets soviétiques […] Au cours de la seule année 1960, 135 personnes ont été envoyées ad patres au cours d'“opérations homo” [pour “homicide”] du service action du Sdece. Six bateaux ont été coulés et deux avions détruits. […] La France a disposé, quelle que soit la valeur morale de la politique, d'une puissante et secrète machine à tuer ».
Les militaires français, convaincus de pouvoir triompher militairement et les colons ultra commencent à s'organiser pour s'opposer à la politique gaulliste. En 1961, des généraux tentent un putsch. L'OAS se constituent. Les attentats commencent. L'Etat français est bien décidé à rendre coup pour coup aux « séditieux ». Pour cela, il fait appel à des supplétifs clandestins pour des missions de représailles contre les groupes d'action pro-Algérie française. Ces fameuses barbouzes se recrutent dans divers milieux : militants du MPC (Mouvement pour la communauté) de Lucien Bitterlin, flics, truands, experts vietnamiens en arts martiaux, etc. Ils massacrent et torturent des militants de l'OAS avec qui ils s'engagent dans une guerre sans merci.
Sac de noeud-nœuds
On n'aurait jamais imaginé qu'un gouvernement démocratique se permette d'agir comme des terroristes » se souvient Grace O'Sullivan, ancien membre de l'équipage du Rainbow warrior, à l'occasion des 20 ans du sabotage du navire[1]. Le 10 juillet 1985, le bateau de Greenpeace qui menait une campagne contre les essais nucléaires dans le Pacifique explose et coule, un journaliste portugais est tué. Cette opération des services secrets français (DGSE), baptisée Satanic, est un véritable fiasco. Charles Hernu, ministre de la Défense est mis en cause. Le chef de la DGSE est rapidement limogé et l'on sait aujourd'hui que François Mitterrand avait donné son feu vert.
L'histoire de la Cinquième République est truffée de ce type de coups tordus, qui ont souvent tourné au désastre et au limogeage des lampistes.
Pour rester sur la disparition des personnages encombrants, citons l'assassinat du député giscardien Jean de Broglie en décembre 1976 par un flic et des truands (commanditaires jamais identifiés), ou le faux suicide du ministre du travail Robert Boulin en octobre 1979 accompagné de la disparition de ses dossiers compromettants. Tout cela bien évidemment au nom de l'impérieuse Raison d'Etat. Elle justifie bien des pratiques, de l'exécution d'opposants ou de détenteurs de secrets gênants aux actions plus courantes comme la surveillance et la mise sur écoute systématique de personnes qui dérangent des membres du pouvoir. Pratiques guère étonnantes dans une République issue d'un coup de force et baignée dès ses débuts dans le grenouillage d'agents secrets, hommes de main et autres aventuriers de la politique.
4 janvier 1960. Le Rassemblement du peuple français (RPF) créé en 1947 autour de de Gaulle se dote d'un service d'ordre qui fonctionne comme une organisation parallèle[6]. Des anciens de la résistance comme Dominique Ponchardier ou Pierre Debizet, avec dans l'ombre, Jacques Foccart s'entourent de gros bras et n'hésitent pas à faire le coup de poing contre le PC. Le SO disparaît lorque le RPF s'effondre en 1953. Durant la « traversée du désert » du général, ses hommes noyautent l'appareil d'Etat en attendant le moment propice pour réinstaller leur chef au pouvoir. A son retour, une véritable structure parallèle en lien direct avec lui se met en place : le SAC. Les passerelles avec les institutions officielles (police, armée, justice, service secret) sont nombreuses.
http://www.les-renseignements-genereux.org/fichier.php?id=221
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