
Je vous invite à écouter une magnifique chanson sur Alger de mon ami Mohamed Lamari.
arouahleldzazar2.mp3

Photo inédite 1954
Journal lumineux
On aperçoit encore les tramways et le
bras tendu de Jeanne d'Arc en bas complètement à droite.










Alger
Samedi 6 mai 2006, 15h le Tarik ibn zyad, largue les amarres. Sur une mer calme et printanière, l’énorme ferry de la compagnie algérienne s’éloigne des côtes marseillaises.Le bateau est confortable, assez vaste pour se retrouver rapidement isolé dans le calme d’un salon de lecture, face à la mer. Réfléchir à ce qui m’attend, là-bas, chez nous, va me plonger le temps d’un après midi, dans une douce et assoupissante réflexion. C’est la première étape de ce voyage que j’espère initiatique. Je sais déjà, quoi qu’il en soit, que j’en reviendrais changé, peut être même soulagé ou complètement écoeuré, mais à coup sûr avec une autre vision de l’avenir. Le temps de cette traversée va me permettre un long moment de calme, de repos et de réflexion. Une concentration que je pense essentielle et indispensable à l’évacuation d’un stress accumulé depuis plusieurs mois. Se mettre en état d’affronter ces instants de retrouvailles, autant souhaités que redoutés surtout par peur d’émotions trop fortes, me parait une étape élémentaire car je sais aussi, et cela ne fait aucun doute que les instants que je vais vivre et que j’attends depuis longtemps seront inévitablement bouleversants. Se préparer psychologiquement est nécessaire car surprises bonnes et mauvaises seront du voyage. La somme de choses à voir, à enregistrer et à garder en mémoire est tellement considérable que cette étape de recueillement en solitaire s’impose. Côté affectif, en ce qui concerne mes rapports avec l’Algérie, persuadé « que la faute fut collective », les regrets de toutes ces occasions manquées et l’analyse difficilement dépassionnée des évènements passés m’ont permis de remplacer toute haine et rancune par une compréhension tolérante que je souhaite partagée et réciproque. Même si des actes impardonables ont été commis, ils furent commis de part et d'autre. Ce que nous ne devons jamais oublier pour le plus grand respect de chacun. Ma profonde conviction est que seule une réconciliation sincère fera en sorte que « les nouvelles générations franco-algéro-pieds-noirs » pourront se retrouver dans un climat de confiance et de respect mutuel , où l’Algérien et le pied-noir, par des attitudes qui ont toujours été les leurs, permettront de rééquilibrer le paradoxe des discours officiels qui, en France comme en Algérie, gomment en permanence la mémoire des Pieds Noirs, bafouant et falsifiant ignominieusement l’Histoire. Si la rancune persiste, du moins semble-t-elle n'être pas dirigée contre l’Algérie. En ce qui concerne
Dans l’ imaginaire de ces gens de mauvaise foi, que je n’hésite pas pour la plupart de considérer comme racistes, la guerre d’Algérie qu’ils ne veulent pas finir, est un tremplin téléguidé bien commode. En France contre tout ce qui peut avoir un lien direct ou indirect avec les arabes et l’Islam. En Algérie, pour permettre à la nomenclature en place de satisfaire et calmer des courants jugés extrémistes. Certains, continuent dans un esprit d’amertume, peut être aussi par habitude, de servir des intérêts qui ne sont pas les leurs et comme jadis, complètement aveugles, passent à côté de la réalité. Bon nombre d’entre nous sommes lassés et parfois furieux de constater cette médiocrité si maladroitement exprimée. Cet état d’esprit revanchard manifesté en France par une minorité politisée ou par des gens aigris, qui souvent au temps de l’Algérie française étaient loin d’être considérés comme des nantis, porte un tort considérable à notre communauté. Toujours encadrés et manipulés, employant tous les subterfuges, ils alimentent gratuitement des polémiques stériles n’hésitant pas à se servir des morts et des martyrs pour déclencher des polémiques qui nous font remarquer. Cette minorité de perturbateurs « déposeurs de gerbes et ranimeurs » de flammes, en empruntant des attitudes nationalistes d’extrême droite, ne font que militer pour leur fond de commerce et retarder les grandes négociations que nous espérons. Les plus crédules et les plus vulnérables d’entre nous applaudissent ces discours qui se traduisent comme à l’heure de l’anisette ou sur le divan, par des éructations libératrices qui ne mènent pas très loin. Ces forts en paroles, dont le seul militantisme verbal consiste à flirter et à badiner haut et fort entre cinq et sept sur le net, ne font avancer en rien nos revendications et ne représentent que ce qu’ils sont. Bien peu de monde, beaucoup de bruits et le reflet d’ image ternie du monde très diversifié des pieds noirs. Comme la grande majorité silencieuse, dotée d’une expérience de la France acquise depuis l’exil, il est préférable aujourd’hui, d’user de modération. Les vérités difficiles à assumer doivent nous convaincre que seule une réconciliation sincère et honnête, certainement douloureuse, permettra de rétablir des liens durables qui risquent de déboucher sur une prise de conscience des états, permettant ainsi de sauver à court terme ce qui reste de nos cimetières. Aujourd’hui nous sommes certains que seule la réconciliation, largement médiatisée et donc reconnue, entre Pieds Noirs et Algériens, permettra de déboucher sur des mesures que depuis 45 ans, nous réclamons en vain. L’arrivée en bateau sur la capitale Algérienne est un inévitable premier coup de foudre avec le pays. Phénomène collectif qui marque pour toujours le visiteur qui arrive pour la première fois en rade d’Alger. A 5 h du matin, j’assiste au levé du jour. La mer est d’huile et le lourd bateau qui n’a pas la grâce ni le charme des bâtiments de
L’arrivée en bateau à Alger est poignante, les Algériens eux-mêmes, ne peuvent détacher leur regard de ce merveilleux panorama. La ville est bien plus blanche qu’avant. Les volets bleus de toutes les façades s’harmonisent bien avec l’insolente lumière qui se réfléchit sur la mer. Maintenant Alger est là, devant moi. Avec toute mon attention je scrute chaque maison, chaque bâtiment, chaque coin de verdure. Je veux profiter le plus possible de ce panorama, l’imprimer dans ma mémoire. Après cette approche qui dure plus de deux bonnes heures, la gorge nouée je m’apprête à débarquer. Cet instant est grave et poignant, depuis cette date maudite du 17 juin 1962, j’espérais ce retour. Nous sommes le 7 mai 2006. Quarante quatre ans, presque jour pour jour. En débarquant ainsi, après le départ précipité que nous savons, l’accueil est fantastique. A la police, sourires complices et bienvenue, à la douane, vibrante poignée de main, au change, précipitation d’un employé qui me souhaite la bienvenue…La gorge nouée…je suis ému et je souris… « Vous êtes ici, chez vous… » DZ sur le passeport, après tout, ici, ça sert au moins à quelque chose. L’arrivée à l’Hôtel où j’avais une réservation attire l’attention de nombreux employés de la réception qui jovialement me souhaitent tous la bienvenue au pays. Dans la foulée et déjà pressé, après avoir déposé ma valise dans la chambre d’où la vue sur l’Amirauté est impressionnante, ma première sortie est d’aller envoyer un mail à la famille. A quelques mètres de l’hôtel sur la magnifique esplanade d’El Kettani, le commerçant du cyber après avoir jeté un coup d’œil au message que j’avais transcris en grosses lettres, sans doute pour exprimer ma joie, refuse que je le règle. J’insiste et pour toute réponse : « Bienvenue chez vous » ! C’est bouleversant et cela doit se voir. Il est 14h passées, pressé et dans la crainte de ne pas avoir le temps de tout voir et de tout faire, je repars avec Rachid, direction la côte Ouest, par l’avenue Malakoff, St Eugène, Bain Romain, Deux Moulins,
Rachid Hammani, je l’ai connu sur le net six mois avant de partir sur le site de Marc Morell. Nous avons à peu près le même âge et il connaît bien tous les endroits où je désire me rendre. Nous passons par le bas de Bab el Oued, mon plus grand centre d’intérêt, j’aperçois ma rue Mazagran où nous irons demain matin. Tout a changé. Presque toujours en bien. L’avenue Malakoff est devenue une large avenue bordée d’une esplanade, sorte de forum qui a été pris sur la mer, part du Bd Amiral Pierre près de l’Amirauté, englobe le Kassour, contourne Nelson, l’ancienne Icosium, débouche ensuite sur l’Algéria Sport et déborde du cercle militaire pour finir après le grand boulevard Malakoff sur le coté droit du stade Marcel Cerdan qui se retrouve aujourd’hui à gauche de la route de la corniche. Ce surprenant boulevard piétonnier avec ses caféterias et le grand hôtel Kettani donne à ce quartier qui était jadis plutôt désert, un air de promenade des Anglais. La vue s’étend d’un côté sur l’Amirauté, toujours aussi belle, et de l’autre, au pied du jardin Guillemin. L’ancien bain Mataresse et Padovani a été englouti sous le béton. La gare de Bab el Oued et
Nous rentrons à Guilloville qui en apparence n’a pas trop changé puis à
Repartant vers l’Îlot, d’où nous apercevons le phare du Cap Caxine nous retrouvons les constructions anarchiques qui défigurent le bord de mer qui jusqu’à St Eugène ne semble plus fréquenté des algérois. En rentrant sur Baïnem, nous nous arrêtons à Baïnem-Falaise où j’ai passé de nombreuses saisons. Premier constat, toutes les clôtures des maisons et villas ont grimpé de deux mètres en hauteur. Derrière ces murs, il y a souvent les mêmes maisons. Dans la rue des Falaises deux algériens de mon âge viennent vers nous et je suis surpris de les entendre me citer tous les noms des anciens du quartier. J’espérais retrouver Kadour, il habitait cette maison à l’angle. Mes amis me disent qu’il habite aujourd’hui à Birmandres. Les hauts murs des habitations donnent une impression de rétrécissement. Les escaliers souvent abruptes accédant aux plages n’existent plus. Malgré une tentative l’accès aux criques est impossible. Des constructions sur les endroits d’accès et un dépotoir sur le seul escalier possible nous empêchent de descendre sur la plage. La belle vue que nous avions du haut des escaliers menant à la plage est complètement obstruée. Nos deux amis nous amènent vers tous les lieux que je leur indique et chaque fois c’est un peu la déception. La plage mitoyenne au rocher troué, la plage des trois bancs est dans le même état. Les trois bancs ont même disparus. J’immortalise, pour une amie, par quelques photos la plage des trois bancs, une photo des deux frères, deux rochers à fleur d’eau à huit cent mètres de la plage. Encore là l’épicerie de Grisou, le moudchou que nous aimions bien et qui connu une fin tragique. Encore un dernier tour, un dernier regard et nous partons, c’est vrai un peu frustrés car, c’est à peu sûr, je ne reviendrai sans doute jamais à Baïnem. Après avoir chaleureusement remercié nos deux amis de rencontre je repars cette fois assez déçu. Cet endroit de rêve était devenu un quartier triste, sale et populeux. Les rochers de notre enfance une immense décharge publique sauvage. Cette première retrouvaille avec l’Algérie me déconcerte un peu et le retour sur Bab el Oued m’extirpe un peu de mes pensées. En passant par le centre ville de St Eugène puis par mon quartier, en remontant la rue Rochambeau, je peux apercevoir ma maison et mon balcon. Je rentre à l’hôtel assez éprouvé par ce premier contacte avec l’Algérie, mon premier sommeil à Alger sera léger, heureusement la vue de la terrasse est superbe, la gentillesse du personnel d’une touchante délicatesse, et plusieurs chaînes algériennes de télévision dont Canal Algérie diffusent des programmes de qualité. La profusion des paraboles, qui agressent tous les édifices, font d’Alger la ville la plus francophone du monde. Ceci s’explique car après leur installation aucune redevance n’est demandée. Le lendemain, le retour à la maison fut l’épisode le plus troublant du voyage. J’en avais rêvé depuis toujours. J’en ressentais de plus en plus le besoin. Mon arrivée, 44 ans après, rue Mazagran, aujourd’hui rue Lofti Benzine, ne passa pas inaperçu. Repéré par deux commerçants, je fus de suite chaleureusement entouré par une dizaine de personnes. L’une d’entre elle alla chercher l’occupant du premier étage qui s’empressa tout de suite de m’inviter à venir voir la maison. Tant de gentillesse me troublait déjà. En entrant dans la cage d’escalier, rien n’avait vraiment changé. La rampe sur laquelle nous glissions du premier étage, les carrelages, l’odeur même du boulanger mitoyen. L’accueil de Mme Allouache et de son fils ne faillit à aucune règle de l’hospitalité algérienne. La maison me parut plus petite mais les transformations étaient telles que j’en fus presque déçu. A part le carrelage d’une chambre, tout à l’intérieure avait changé. Changé en mieux, en beaucoup mieux. Une décoration et un ameublement oriental se détachaient des murs carrelés à hauteur d’homme. Une magnifique transformation, à mille lieues de la modeste maison d’une simple famille pieds noirs de Bab el Oued des années cinquante. Retrouver la famille d’Aïcha fut un moment d’intense joie en même temps qu’une émotion assez vive. J’étais là, 44 ans après, le cœur serré, avec des souvenirs bouleversants, devant des inconnus qui avaient comme moi des larmes pleins les yeux. Ha ! si Aïcha et ma grand mère avait pu être là! Ces moments, il m’est plus facile de les écrire que de les raconter car l’émotion est encore bien présente, bien vivante. Les retrouvailles le lendemain avec son fils, M’Barek, nous ont fait revivre le temps d’un repas familial, une époque à jamais révolue mais combien présente dans nos mémoires et que chacun gardons jalousement et précieusement enfouie en nous même. La visite de Bab el Oued, où règne une effervescence due à la surpopulation, se passe sans problèmes. Les gens qui nous croisent devinent qui nous sommes, les visages sont ouverts et presque toujours souriants, la visite des commerçants est ponctuée de marques de bienvenue, visiblement tous sont contents de nous voir. La jeunesse comme les plus anciens qui n’ont rien connu des Pieds Noirs nous regardent semble t il avec intérêt. Certains osent une approche. Tous sont curieux. Dans un climat de sécurité absolu j’ai pu sillonner toutes les rues avoisinantes des trois horloges, hors la partie située entre les trois horloges et
Sur la place des trois horloges, un groupe de pieds noirs vint à ma rencontre. Après avoir échangé quelques impressions sur le pays qui bien sûr concordaient, l’un d’entre eux me dit devoir aller à deux pas, rue des Moulins, photographier la maison de l’un de ses amis. En souriant je lui répondit que c’était déjà fait car j’avais deviné qu’il s’agissait de la même maison de notre ami commun Paquito. Cette journée à Bab el Oued fut un moment fort du voyage et se termina par une dernière remontée de l’avenue de
Ce court périple dans mon ancien quartier me ramena à une époque où nous tous, enfants de Bab el Oued, avions une éducation civique où le premier devoir était le respect du pays, de nos familles et de nos maîtres. Mes compères, Pierrot Vuolo, le cousin de mon cousin Pierre Henri Papalardo, Jacki Camillerri, Roland Bouaziz et bien d’autres, étions les deuxièmes, troisièmes ou quatrièmes générations de pauvres gens, venus tenter leur chance en Algérie. Aucun d’entre nous était vraiment pauvre, aucun n’ était vraiment riche ! Nous ne pensions pas être socialement privilégiés, pas même de petits, voir minuscules bourgeois et si nos grands parents et nos parents s’habillaient les jours de fête en dimanche, les jours de semaine la plupart d’entre eux remettaient leur bleu de chine pour aller à l’atelier ou en mer, gagner leur vie. Cette définition réaliste du petit peuple de Bab el Oued devait avec l’exode prendre un relief bien amusant, faisant le plus souvent de ces descendants de Cagaillous, de riches colons ayant laissé des propriétés imaginaires, que certains d’entre nous, encore aujourd’hui continuent de regretter. La visite de la ville d’Alger doit se faire à pieds car la circulation est vraiment impossible. Départ vers 9h, nous traversons le square Nelson, les marchands de légumes avec qui je m’arrête parler me font un accueil très amical et il m’est difficile d’abréger ce sympathique moment. Passé le lycée Bugeaud, la rue Bab el Oued, coupée en deux dans toute sa longueur, certainement à cause de bâtiments trop vétustes, ne présente que son côté droit. A la hauteur de l’église St Victoire, qui était jadis une mosquée et qui l’est redevenue, nous prenons les escaliers de
Plus nous montons, plus le panorama de cette partie d’Alger apparaît, dans toute sa splendeur. Nous avons là une part de fierté qu’à Alger nous n’avons pas à manifester car elle se lit sur tous les murs et dans le comportement de tous nos frères algériens. Nous redescendrons vers la rue Randon et le marché de
Dix fois, cents fois, des gens tout à fait anonymes, rencontrés par hasard dans la rue, chez les commerçants, dans les services administratifs manifestent et traduisent des paroles, des sentiments et des attitudes fraternelles. Une belle leçon d’humilité et de fraternité d’abord pour nous même et par dérision pour « les français de France » qui n’ont jamais extériorisé jusqu’à aujourd’hui de telles attitudes à notre égard. Etions nous tellement si différents d’eux ? A l’extrémité de la rue de Chartres, en face du vieux grenadier dont les mosaïques ont été blanchies, existait au numéro un de la rue de Chartres, une vielle bâtisse qui avait du être il y a bien longtemps une maison arabe assez bourgeoise. Mon père y était né en 1921. Au début des années 1900 le centre d’Alger se situait entre la place du cheval et le square Bresson et certainement cette maison, à l’époque, avait du être transformée pour loger des français. Par la suite, dans les années 50 ce quartier était devenu l’axe principale d’accès à la basse casbah et avait perdu de son standing. Cet immeuble était devenue une bicoque presque insalubre. Un vieux monsieur, installé devant la porte, intrigué par ma curiosité m’aborda gentiment pour me demander les raisons de cet intérêt particulier. Lui expliquant le pourquoi des choses, il m’avoua être depuis toujours le propriétaire et me fit revisiter les lieux qui avaient été complètement remis à neuf. Nous arrivons sur la place Abdel Kader, L’Emir, encore un patrimoine que nous avons en commun avec les Algériens, remplace Thomas Robert Bugeaud de
L’esplanade de
Jusqu’à présent ce qui m’a le plus frappé dans ce bel Alger qui n’a pas tellement changé, c’est la blancheur des bâtiments dont les volets sont peints en bleu. Cette excellente initiative donne une luminosité supplémentaire à cette ville déjà éclatante de lumière. La remonté de la rue Charles Péguy m’amène vers l’Ottomatic et les facultés, le tunnel et le début de la rue Michelet que nous arpentons jusqu’au parc de Galland et au musée du Bardo. Après un détour obligé sur la cathédrale, certainement la plus horrible construction d’Alger, nous redescendons sur la ville en empruntant le tunnel des facultés qui débouche sur l’avenue Pasteur, puis sur le monument aux morts qui dort depuis quarante cinq ans sous une chape de béton. Ce qui est frappant dans cette nouvelle version du monument actuelle, ce sont ces deux points serrés au bout de deux bras en forme de victoire, geste gaullien qui ne manque pas de rappeler le geste dérisoire qu’avait eu quelques dizaine de mètres plus haut, sur la balcon du Forum le plus illustre des menteurs. A se demander si l’ironie du sort n’avait pas voulu commémorer l’ évènement et symboliser le plus sordide du coup d'anarque de l’homme du 18 juin. Ce triste monument, véritable œuvre d’art à la gloire des français et des musulmans sera certainement un jour réhabilité pour devenir le monument aux morts de tous les morts d’Algérie, de la conquête à nos jours. Pour cela il faudra attendre que des hommes aussi dévoués que courageux osent affronter l’histoire dans le plus grand respect mutuel des peuples de France et d’Algérie. Et là nous applaudirons ! La redescente par l’ancien boulevard de la république,
La rentrée sur El Kettani par le boulevard Amiral Pierre est interrompue par une halte chez Rachid qui habite au dernier étage du premier immeuble de la pointe de l’Amirauté d’où la vue est imprenable. C’est encore un endroit fantastique que je vous recommande de ne pas manquer si vous décidez d’aller revoir Alger. Rachid me présente sa famille à qui il a du raconter notre aventure de Bab el Oued où je l’ai également senti très ému. Cette famille algérienne fait désormais parti du cercle de mes proches et j’espère qu’un jour je pourrai , en retour, leur témoigner et leur rendre, avec la même fervente amitié, tout ce qu’ils m’ont apporté au cours de ce voyage qui sans Rachid n’aurait pas eu le même éclat. La banlieue d’Alger qui compte 6 millions d’habitants s’étend de
A l’est d’Alger, nous avons pu aller jusqu’à Bérard, avec une halte poisson à Bou Haroun. Là encore, un accueil parfait. Au menu, salade d’anchois, sardines et rougets. Castiglione, Fouka marine, Tefechoune, Douaouda, des noms enchanteurs envahis l’été par les Algérois. La journée du lendemain fut consacrée à la casbah. Cette magnifique cité, classée au patrimoine mondial de l’humanité mériterait une plus grande considération de la part des Algériens mais aussi de toutes les instances culturelles étrangères qui laissent un tel site se dégrader. Un musée de l’artisanat nouvellement aménagé dans un palais, Dar Essouf, donne une idée de la richesse artisanale du pays mais aussi du raffinement de ces palais aux mosaïques et à l’architecture somptueuse. Une visite chez l’unique brocanteur de la casbah me permettra de dénicher dans un véritable capharnaüm, un joli bronze représentant un sphinx et une aiguière ancienne que je ramènerai comme une véritable relique. Quelques bons magasins d’artisanat dont la maison Ben Mansour, 48 rue Didouche Mourad, à deux pas de l’ottomatic, vous présentera des collection artisanales uniques. Là encore, Karil, le fils de la maison vous réservera le meilleur accueil. Ces promenades très agréables dans le centre d’ Alger qui n’a pas tellement changé sont l’occasion de rencontres permanentes. La renaissance de souvenirs qu’avec Rachid nous ne cessons d’évoquer, comme par exemple l’ emplacement des photographes qui officiaient place du gouvernement où jadis pullulait une foule de badauds entourant conteurs et marchands ambulants de toutes sortes. La visite du Bardo est aussi incontournable. L’architecture de cette maison mauresque, aujourd’hui connue dans le monde entier, est un havre de paix et de raffinement. C’est l’orient dans toute sa splendeur. Une autre journée fut consacrée le matin à la visite de la ville d’Alger en partant du Forum vers le Télémly, puis vers Diar Saada et le monument des martyres. Des panoramas sur la ville de Belcourt et du Hamma jusqu’à St Eugène sont impressionnants, malheureusement ce jour là le temps était couvert. L’après midi une visite au cimetière d’El Alia me permis de visiter le tombeau d’Abdel Kader, de constater que le carré militaire Français contrastait à côté de celui des Anglais, nettoyé, gazonné et fleuri. Les tombes du cimetière français sont égales à celle du cimetière musulman. Aucune tombe éventrée. Le cimetière de St Eugène, juif et chrétien est en état. Chaque fois que j’ai pu m’approcher des cimetières en banlieue, je n’ai pu que constater qu’ils étaient dans le même état que les cimetières musulmans où les allées n’existent pas et où l’herbe pousse à son gré. Il serait grand temps que les PN prennent en charge ce qui reste de leurs cimetières car les autorités françaises ne feront jamais rien. Aujourd’hui il faut savoir que l’état algérien a pris la responsabilité du patrimoine des cimetières, que 62 cimetières de province, ou ce qu’il en reste vont être regroupés en une seule nécropole et que notre seule espoir de ne pas voir disparaître nos cimetières repose en ce jour sur le gouvernement Algérien. Pour l’instant tout le reste n’est que littérature et la très médiatisée association France-Maghreb, qui pour l’instant ne peut afficher que des résultats pommadés d’esbroufes, semble plus se concentrer sur le tourisme que sur nos cimetières profanés. Quand cesserons nous d’être dupes ! La dernière grande étape du voyage fut consacrée à Palestro où l’on accède aujourd’hui par une large route à partir de Ménerville. La ville d’Alger semble s’être décentralisée aussi dans cette zone, l’autoroute arrive au pied de cette basse kabylie où les gorges sont devenues de larges routes. Une halte dans un petit restaurant de campagne fut l’occasion de manger des grillades de mouton, et quel mouton ! Cette magnifique et dernière journée de grand air se termina par un repas chez Rachid qui me fit la surprise d’avoir préparé des sardines farcies au « cosbore » et à l’ail, j’avais eu la bonne idée lors de notre sortie à Bou Haroun, de lui dire que jadis, dans les escaliers de la pêcherie, ces fritures nous faisaient souvent saliver. Merci à Amina et à sa fille pour ce repas frugale. Lors de mon départ, elles me couvriront de cadeaux. Ces dix jours passés au bled furent un véritablement enchantement. Une chose est sûre : les Algériens ne nous ont pas oublié ! Notre terre non plus ne nous a pas oublié, car nombreux sont les vestiges de plus en plus préservés qui rappellent notre histoire. Un autre sentiment est que nous sommes toujours bien présents dans les esprits de nos amis algériens qui expriment sans retenue leur nostalgie des pieds noirs. Et cela, est inexplicable, intraduisible. Il faut vraiment que chacun d’entre nous puisse aller le constater sur place. Voilà pourquoi ces retours sont importants et combien soulageants. Personne ne peut imaginer cette réalité inexplicable qui fait qu’un demi siècle après, pieds noirs et algériens éprouvent tant de satisfaction et d’émotion à se revoir. L’histoire officielle du passé ne semble pas concerner cette population qui partout nous reçoit avec la plus grande courtoisie. Une belle leçon de fraternité et de courage. En s’exprimant sans retenue, nos amis algériens semblent en avance d’une bonne longueur sur nous qui avons mis un demi siècle à réagir. C’est vrai que le pardon est plus facile pour les gagnants que pour les perdants ! Mais cela ne doit pas nous empêcher de saisir l’occasion qu’ils nous offrent de renouer avec notre pays. Nous devons exprimer là, avec autant d’humilité, toute notre reconnaissance. Il faut savoir que nombreux sont les algériens qui nous appellent leurs frères, certains emploient l’expression « frère de terre ». Et je peux vous assurer sans l’ombre d’un doute de leur sincérité. Tout au long du voyage, chez les jeunes comme chez les plus anciens, j’ai pu ressentir et m’entendre dire combien ils considéraient que l’histoire avait été injuste envers nous et combien ils nous regrettaient. Quand à tous les revenants dont je suis, (qu’on devrait désormais affubler d’un nouveau sobriquet afin de les distinguer de tous leurs frères pieds noirs jamais revenus ), ils sont aujourd’hui les meilleurs ambassadeurs de l’Algérie en France. Certains d’entre eux, on en a aujourd’hui la confirmation, retourneront un jour finir une retraite paisibles au pays, avec la joie infinie de retrouver cette atmosphère particulière, véritable richesse de tant d’hommes et de femmes qui continuent de partager cette conception toute algérienne et intraduisible de la convivialité. Le séjour est fini, je suis comblé. Avec Rachid nous abrégeons sans trop nous l’avouer les adieux. Nous nous donnons l’accolade et rendez vous, c’est sûr, dans un an Inch’Allah. Le départ est aussi spectaculaire que l’arrivée. L’émotion éprouvée n’est pas tout à fait la même qu’à l’arrivée. L’apaisement du à une profonde satisfaction ajoutée à une irrésistible envie de revenir ont changé ma vision et mon statut d’exilé car je sais que demain je reviendrai. Ma réconciliation avec ma terre natale est réussie, je repars cette fois ci vers un exil moins définitif, heureux et conscient que si nous le voulions, nous pourrions revenir vivre sur cette terre où des algériens seraient heureux de nous revoir et de nous accueillir. Je repars aussi avec un autre espoir, celui de transmettre à tous mes amis pieds noirs un message d’amour et d’amitié de la part du peuple Algérien, véritable thérapeutique qui pourra peut être les guérir d’une nostalgie toujours difficile à supporter. Certains pourront, d’autres pas. Enfin je ramène une formidable idée qu’avec Rachid nous avons fait germer pendant ces dix jours de complicité constante. Nous essaierons de mettre en place, l’organisation d’un voyage de 12 jours, qui regroupera entre 10 à 16 personnes, tous originaires de la région d’Alger, avec cinq jours à Alger et une descente vers El Kantara, Bou Saada, Biskra et Djelfa. Cette escapade vers le sud où nous visiterons Bou Saada et le musée Dinet, les gorges d’El Kantara, la ville de Djelfa et la région de Biskra alternera avec la visite trop émotionnelle d’Alger qui aura lieu à l’Arrivée et au départ. Nous avons à ce jour le programme approximatif de ce voyage qui sera bien sûr modifié en fonction des lieux de naissance de chacun, de manière à programmer les visites les plus excentrées qui se feront en voiture avec un accompagnateur. L’arrivée à Marseille est moins joyeuse, nombreux sont la famille, les amis qui attendent des nouvelles fraîches du pays, Paquito de la rue des Moulins viendra de Montauban pour me voir, quand à moi, à l’heure où je fini ce résumé je suis toujours sous l’émotion de cet inoubliable retour sur Alger.
Cette traversée en solitaire est un passage à vide, une sorte de sas de réflexion, de quarantaine, qui permet d’émerger et de se soustraire au mauvais climat, que font régner de part et d’autre de la méditerranée, quelques mauvais coucheurs. Pour des raisons diverses et pas toujours honorables, ces excités de tous bords continuent d’exploiter politiquement et sans retenue, les moments les plus tragiques de notre histoire.
Marchand sur le grand balcon de la compagnie maritime, au pieds de la passerelle, je réalise que je foule cette terre algérienne que j’aurais voulu baiser symboliquement comme pourrait le faire le Pape, ce que je fais dans ma tête en pensant à tous mes frères pieds noirs. L’aventure commence. Je suis persuadé que le plus dur reste à faire. Et malgré l’émotion qui m’étreint de plus en plus, je ressent une certaine satisfaction, un certain plaisir de me retrouver enfin « chez nous ».
Notre première halte fut
En racontant à Mme Allouache que ma grand-mère avait laissé sa maison à une dame Aïcha, qui était fort appréciée de toute la famille, j’eu l’agréable surprise de m’entendre dire qu’elle était sa belle fille et le jeune homme qui m’avait invité à monter était son petit fils. Ce que j’espérais secrètement depuis longtemps mais sans trop y croire venait de se réaliser. A cet instant, je dus sortir sur le balcon refouler quelques sanglots difficiles à dissimuler et je savais déjà que mon voyage à Alger était réussi. Et là, j’ai craqué.
Une étape importante du voyage fut le moment passé à Notre Dame d’Afrique avec une rencontre inattendue avec quatre « chibanis » bien sympathiques. Ici aussi, les constructions envahissantes ont dénaturé le paysage. De l’esplanade et sous tous les angles la vue est imprenable. Un pur régal. En bas le cimetière de
Excuse-moi, lecteur, mon âme s’est engagée
Dans les rues de mon cœur pour me parler d’ALGER…
Vers de Monsieur Etienne MUVIEN
Ile de La Réunion, vendredi 7 juillet 2006. H.B Vous pouvez commencer à lire le récit de mon deuxième voyage en Algérie, exactement un an après jour pour jour. Cette fois ci j'ai eu la joie de ramener 12 de mes compatriotes au pays qui ne sont pas restés insensibles à l'accueil et au charme toujours envoutant de notre beau pays. VOIR DANS SOMMAIRE: Deuxième voyage mai 2007
du 28 avril au 10 mai 2007
- DEUXIEME VOYAGE EN ALGERIE du 28 avril au 10 mai 2007
COMPTE RENDU DU VOYAGE
Ce deuxième voyage en Algérie est la suite logique d’un premier retour 44 ans après, effectué en mai 2006, où l’accueil fut à la hauteur de mes espérances.
Enthousiasmé par le formidable phénomène de rapprochement exprimé et manifesté sans retenue par le peuple algérien, traduit par une fraternelle complicité à notre égard, nous avons décidé, Rachid et moi, de réunir au moins une fois par an, le plus grand nombre de nos compatriotes pieds noirs et algériens.
En espérant que les états officialisent très prochainement ce rapprochement tant souhaité entre les deux pays, nous vous invitons à retourner le temps d'une lecture, dans cette atmosphère particulière que nous seuls, algériens de coeur, sommes en mesure d'apprécier.
H.B
Présentation des participants.
Jean et Jeanne Scotto. Une complémentarité forgée par la vie, le temps et l’histoire, une connaissance du passé et un émerveillement presque juvénile quasi permanent. Jean qui est un passionné d’archives, d’histoire et de mémoire algérienne est un pilier du Cercle Algérianiste de Perpignan où il participe au classement de documents légués au Cercle.



Joseph Pappalardo. Sans lui, ce voyage n’aurait pas eu le même attrait. Je n’en dirais pas plus car un long chapitre lui sera consacré.




Henri BAPCERES. L’algérien le plus chauvin doué de la plus mauvaise foi qui puisse exister dès qu'il est question de l'Algérie et de Bab el Oued en particulier…
Après une première rencontre la veille de notre départ autour d’un excellent couscous tunisien, rendez vous fut donné pour le grand jour sur le quai d’embarquement de l’El Djézaïr, à quelques encablures de notre chère ville d’Alger.
L’atmosphère fut d’emblée détendue et joviale. Malgré une certaine appréhension de revoir la ville qui les avait vu naître, la plupart des participants exprimaient clairement une satisfaction non dissimulée. Les grandes retrouvailles allaient commencer.
Le 29 avril, vers 6h 30, tout le monde était sur le pont. L'aventure Algérienne était au rendez-vous.

"Oser franchir le Rubicon; hésitations et tergiversations durèrent 45 ans.
La dernière ligne droite à nous couper le souffle, à nous éclater le coeur et à nous brouiller la vue. Enfin, nous sommes de l'autre côté.
Nous ne sommes pas le pape pour baiser la terre promise mais elle est là sous nos pieds avec ravissement, avec désillusion parfois.
Le retour aux sources est un pèlerinage éprouvant mais salutaire. Après douze jours de ré-apprivoisement nous en sommes revenus sereins, apaisés, l'histoire est terminée.
Cette terre tant aimée sera toujours la notre, les cinq générations de notre famille qui se sont succédé ont laissé leur empreinte mais nous pouvons maintenant la regarder différemment. Les grandes amours ne meurent pas, elles se transforment. La passion décline et laisse la place à l'affection, plus douce, plus tranquille, nous pourrons de nouveau traverser la grande bleue pour enfin découvrir cette terre d'Afrique si lumineuse, que notre génération n'a connu qu'a travers les quartiers de sa petite enfance et le déchirement d'une guerre aux cicatrices indélébiles."

Renée SIMON-LABORDE
Message de Nicole et Alain Labbé.
Bonjour Henri,
Tu avais souhaité avoir nos commentaires sur le voyage, ci-joint un petit texte illustré ; nous te laissons libre de le diffuser dans ton blog, à toi de voir comment réduire sa taille (2,6 Mo).
D'autre part, voici pour toi quelques réflexions que nous avons faites sur le déroulement pratique du voyage :
Deus points forts :
- une partie "pèlerinage" scindée en deux par une partie "découverte" pour tempérer l'émotion
- le nombre de participants : 12 à 15 est un maximum pour une bonne cohésion du groupe et le confort en minibus (volume des bagages…..)
L'escorte : était-elle justifiée par les événements politiques ? on peut se féliciter de sa présence pour nous ouvrir la route lors des embouteillages ; on peut penser qu'elle aurait été utile en cas de soucis mécanique ou autre lors du déplacement en province ; elle présentait par contre une rigidité qui n'a pas permis de modifier le programme prévu (difficile à établir au départ en ne sachant pas trop quelle serait la durée des excursions). A notre avis, sa présence est globalement positive.
Par contre il est important de circuler à pied dans Alger : les quelques fois où nous nous sommes promenés seuls ou en petit groupe (4) nous n'avons pas ressenti d'agressivité, quelquefois de l'intérêt, mais très souvent nous avions l'impression d'être "transparents" pour les passants.
Nous adhérons complètement aux "conseils pratiques" de Guy et Renée.
Nous avons apprécié le professionnalisme des guides et du chauffeur. Une mention spéciale pour la présence de Rachid, pour sa compétence et toutes ses attentions à notre égard.
Comme nous l'avons déjà exprimé, nous te renouvelons notre satisfaction d'avoir effectué ce voyage. Bon courage pour la préparation et nos souhaits de bonne réussite pour la semaine algérienne.
Bien amicalement,
Alain et Nicole
PS : possèdes-tu le nom de la personne qui nous a fait visiter la Casbah ainsi que celui du propriétaire de la superbe maison que nous avons visitée, c'est pour notre carnet de voyage.
Impressions du voyage.
28 avril - Marseille – Alain et Nicole embarquent enfin sur ce bateau qu'ils ont raté voilà 46 ans, presque jour pour jour.
29 avril – au petit matin – la côte Algérienne se dessine, "Oh, le Cap Matifou" dit-il, et bientôt apparaît Alger ; Elle regarde intensément cette ville qu'on lui a si souvent décrite, alors qu'il la retrouve telle qu'en ses souvenirs, avec toutefois des constructions nouvelles, et la blancheur de la Casbah quelque peu estompée.

Guy et Alain devant la porte d'entée de leur maison.
Jojo Pappalardo, cet italo-babéloudien, je l’ai retrouvé 45 ans après l’exode grâce à Daisy, une cousine par alliance.
Le souvenir qui me restait de ce tchouche, c’était qu’il était un passionné de Footebal et que grâce à une smalha de famille commune, il était un maillon de cette tribu collatérale qui à Bab el Oued, elle rendait toutes les familles parentes.
Le lien qui nous unit est d’abord un oncle, Joseph Pappalardo. Cet oncle qu’on adorait nous rapproche d’abord dans le respect que nous lui portions. Cet oncle Jo, dont le nom était Guiseppe, comme tous les hommes de notre pays cachait sous une certaine rudesse des sentiments bouleversants de tendresse, dommage que nous n’ayons pas eu l’occasion de le lui dire plus souvent. 
Tout un environnement de cousins, cousines, d’alliances plus ou moins proches ou éloignées, tous ces copains, copines, amis, (es), connaissances, voisins, voisines unissaient toute cette grande clique de Bab el Oued en une seule et grande tribu qui 45 ans passés ne cesse d’exister pour la seule, bonne et unique raison : que Bab el Oued, elle coule dans leurs veines comme au premier jour.
Avec toute la mauvaise foi qu’un habitant de Bab el Oued il est capable de mettre dans tout ce qu’il voit, ce qu’il dit et qu’il respire, revoir Bab el Oued fut pour Jojo le seul mobil du voyage. Tout le reste, Dinet, Biskra, Sidi Okba ect …il en avait rien à f...
Dans un mélange d’impressions et de réactions diverses, tantôt enthousiasmées, tantôt décevantes, notre ami jojo, suivant son humeur nous raconta d’une manière inégalable et inracontable les heures sombres ou glorieuses de sa jeunesse dans ce formidable quartier.C’était le temps où, en dehors de ces occupations scolaires, il balayait le salon de coiffure de son oncle et de son père. Témoins d’une magistrale tragi-comédie dont le salon était le centre même de toutes les intrigues et le maestro et réalisateur son oncle Antoine, Jojo nous fit revivre pour notre plus grande joie et de la manière la plus réaliste les plus grands moments de sa joyeuse existence.
Mêlant toutes les grandes figures du quartier aux anecdotes croustillantes qui rythmaient quotidiennement la vie de ce turbulent quartier. Notre ami Jojo s’en se rendre vraiment compte qu’il ressuscitait la Mémoire, nous combla de cette joie profonde de pouvoir nous faire revivre, sur le théâtre même des opérations, ces moments distants d'un demi siècle.
Jojo fut un compagnon de route souvent agréable, parfois égratignant, quelquefois de mauvaise foi, sans lui, c’est certain, nous aurions moins ri. Surnommant dès les premières heures Dédé, Fernand ou Abdel par les sobriquets de Soubressade, Pastéra ou Tournesol, le plus tourmenté par l’affreux Jojo fut Raymond, son vieil ami de 45 ans, venu revoir Palestro où il fit jadis un séjour contraint.
Depuis le retour, Jojo semble nous faire la gueule. Silence Radio. Peut être est il entrain de préparer son déménagement pour retourner vivre à Bab el Oued…à Bab el Oued, certainement pas, mais au Chenoua pourquoi pas ! Peut être est il déçu de n'avoir pu encaisser les 45 ans de loyers de l'appartement et du salon de coiffure...Ou simplement est il comme nous tous entrain de digérer son voyage. C’est vrai que ce premier retour 45 ans après laisse une empreinte considérable et qu’il faut un certain temps pour retrouver ses esprits.
Pour le Jojo remué que nous avons pu déceler sous une désinvolture apparente, ce sera comme pour nous tous…un peu de temps pour réaliser que cette Algérie n’est plus tout à fait celle qui charma notre enfance et au bout… une formidable envie d’y retourner car, eux, les Algériens sont toujours aussi attachants et il semblerait de plus en plus que nous leur manquons autant qu'ils nous manquent.
Raymond Canaves. Avec un nom qui pourrait faire penser qu'il est de chez nous, doué d'un calme olympien à toutes épreuves, ce produit pur souche originaire de Juan les Pins s'est retrouvé rapidement intégré au groupe.
Sa relation avec l'Algérie: c'est la région de Palestro où il a fait son service militaire, c'est aussi une amitié de 45 ans avec JojoPappalardo. Laquelle de ces deux épreuves fut la plus pénible pour notre ami Raymond ?
Dans la région de Palestro, Raymond retrouva quelques traces de son passé et de sa jeunesse. Sans doute aujourd'hui de bons souvenirs.
Dans les gorges de Palestro.







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