Depuis sa construction au début du siècle dernier, la Grande-Poste a toujours été un haut lieu du service public mais durant l’époque coloniale c’était surtout le symbole d’une politique et d’un courant architectural imposé par un administrateur idéaliste et un groupe d’intellectuels pieds-noirs.
Tout a débuté en 1903, avec la nomination de Charles Célestin Jonnart au poste de gouverneur général. L’homme est un habitué de l’Algérie. Pour lui, la réussite de la colonisation française passe avant tout par un rapprochement avec les autochtones. Et ce rapprochement se doit d’être avant tout culturel et religieux. Pour ce faire, le gouverneur général Jonnart publie une série de circulaires afin d’imposer un certain style architectural aux constructions publiques. Jonnart devient ainsi l’initiateur d’un nouveau mouvement stylistique aux tendances orientales : le néo-mauresque.
Les architectes Voinot et Tondoire sont chargés de réaliser ce monument dédié exclusivement aux PTT (Poste, Télégraphe et Téléphone), puissante institution de service public durant l’époque de l’empire colonial français. La nouvelle recette postale doit remplacer l’ancienne poste située rue de Strasbourg, devenue trop exiguë pour une ville en constante expansion. “La Grande- Poste a été édifiée sur les restes de l’ancien fort turc situé sur le bras de mer de Ras Taffoura. De ce fort, il ne reste plus qu’une batterie de canons que l’on peut voir au niveau du parc Sofia. La légende dit que c’est sur la plage de Ras Taffoura que Sidi Ouali Dada a frappé la mer de son gourdin pour déclencher la tempête qui allait faire couler la flotte de Charles Quint”, explique Belkacem Babaci, spécialiste de l’histoire d’Alger.
“De part sa situation, la Grande- Poste est devenue le cœur de la ville européenne. A proximité de ce monument, il y avait une statue de Jeanne d’Arc ainsi qu’un buste du duc d’Isly. Sur le plateau des Glières, situé en contrefort, on pouvait voir le monument aux Morts ainsi qu’une grande horloge florale. C’était toute la puissance de la France qui était représentée dans ce quartier d’Alger”, ajoute M. Babaci. Reste que Voinot et Tondoire ont réalisé une magnifique œuvre d’art. Avec sa grande coupole et ses deux faux minarets, la Grande-Poste est d’une beauté saisissante. La façade principale est ornée de trois arceaux et d’une galerie supérieure à colonnes jumelées. Un large escalier de marbre couleur ambre permet d’accéder sur le parvis qui donne sur trois portes monumentales taillées dans du bois précieux.
A l’intérieur, le précieux est conjugué à toutes les formes. Avec ses faïences, arcs, coupoles, stalactites et stuc ciselé, le plafond de la salle principale est un joyau architectural. Les plans ont été tracés par les Européens mais l’essentielle de la main-d'œuvre était algérienne et marocaine. Certains ouvriers y laisseront la vie. A l’instar des plâtriers de Guemar, petite oasis de la région de Oued-Souf, passés maîtres dans l’art du stuc ciselé. Pour sa part, Jonnart a tenu à marquer les lieux de son empreinte. “La hauteur de la construction qui a embelli l’œuvre avait été choisie par le gouverneur général Jonnart”, peut-on lire dans des cartouches polychromes. La religion est également très présente dans ce décor oriental à travers les inscriptions suivantes : “Dieu est vainqueur”, “Le pouvoir éternel Lui appartient” ou encore “Il n’y a de puissant que Dieu”. Dans leur œuvre, Voinot et Tondoire auront su allier art, spiritualité et fonctionnalité.
Contrairement à ce que l’on croit, la Grande-Poste n’est pas un monument classé patrimoine national. La cause de cet impair est des plus surprenantes. “Ce bien n’est toujours pas classé pour la simple raison que personne n’en a fait la demande”, explique Mme Cherchalli, sous-directrice de la conservation et de la restauration du patrimoine culturel au ministère de la Culture. Selon elle, “la demande peut être introduite par un citoyen, une association, une entreprise ou encore une institution”. Dans ce cas, il est étonnant que le ministère de la Culture ne se soit pas autosaisi puisqu’il en a la possibilité. Cela est valable pour le département des Postes et des Télécommunications qui semble bien incapable de restaurer et d’entretenir cette bâtisse. Reste qu’une telle opération nécessite d’importants moyens financiers et un savoir en matière de restauration que, malheureusement, aucune entreprise algérienne ne maîtrise actuellement.












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