St Ouen, Février 1962.
Le linge congèle sur les fenêtres et les balcons, la température a atteint moins 17 degrés.
Depuis 40 ans il n’avait pas fait si froid. Le climat, cette année là, s’était allié à une France méprisable pour recevoir dans le plus grand désordre et la plus grande indifférence, un million de ces pieds noirs dépossédés de leur terre. Ces pauvres « rapatriés » allaient donner un relief particulier à l’expression « malheur aux vaincus ».
Presque six mois que nous sommes arrivés sur ce rivage toujours plus étranger, toujours plus hostile. Les médias complices du gouvernement gaullien ne ratent pas une occasion de nous rappeler notre incommensurable erreur d’avoir pensé, pendant cent trente ans, que nous étions partie intégrante de l’histoire de France.
En ce temps là, pas de cellules de crises, les Abbés Pierre et autres ténors médiatiques défenseurs des causes pourries sont aux abonnés absents. Pour Alain Peyrefitte « C'est un afflux de vacanciers », il pousse même l'inconscience ou le cynisme en proclamant que la cause de l'arrivée massive des Pieds Noirs "est due à une trop forte chaleur en Algérie"! "Ce sont des vacanciers un peu pressés d'anticiper leurs congés" pour Robert Boulin alors secrétaire d'état aux rapatriés.
Souvent dépeints comme des colons profiteurs, ils ne cessent d’affronter les invectives, notamment de la gauche communiste.En 1962 : 62% des français de métropole refusent toute idée de sacrifice à l'égard des ces drôles de gens qui viennent déranger leurs vacances.
Pour une grande majorité d’entre eux il s’agit d'une population qu'ils ne connaissent pas vraiment, qui a la réputation d'être constituée de colons « faisant suer le burnous », d'être raciste, violente et machiste.
En réalité, la vaste majorité des Pieds-noirs appartient à la classe ouvrière ou à un prolétariat urbain de petits employés. La population était urbaine à 85 %, composée de petits fonctionnaires, artisans et commerçants, dont le revenu moyen était inférieur de 15 % de celui des Français métropolitains. 5 % seulement étaient des agriculteurs propriétaires et les très grandes fortunes se comptaient sur les doigts d'une main.
"Un ramassis de descendants de déportés de droit commun, de négriers qui veulent conserver leurs privilèges » . ( Général Katz, commandant des forces françaises, surnommé : "Le boucher d'Oran".)Gaston Defferre, déclare en juillet 1962 : « Marseille a 150 000 habitants de trop, que les Pieds-Noirs aillent se réadapter ailleurs. »)
L'été 1962, les Pieds Noirs désespérés et démunis, arrivés sur des bateaux surchargés, furent reçus, à l'initiative des dockers, par des pancartes hostiles « les Pieds-Noirs à la mer » à l'entrée du port de Marseille. Les rares conteneurs venant d’Algérie pouvant leur appartenir sont systématiquement plongés dans l’eau pendant le déchargement. D’une manière générale l'accueil fut, en quelques occasions trop rares, compatissant voire chaleureux. Les harkis abandonnés n’eurent pas cette chance. De Gaulle, pour s’emparer du pouvoir de
Ayant repris tant bien que mal le cours d’une scolarisation entrecoupée par plusieurs années de ce qu’on appelait alors les évènements, ma nouvelle vie s’organisait entre l’école et le sport où un Martinez d’Oran supportait comme moi ce dépaysement. Tous ces frangaouis » à l’accent bizarre et aux idées presque toujours teintées d’un exotisme bolchévique, nous « tapaient sur les nerfs ». Je fus exclu provisoirement du collège par un professeurs peu futé qui me fit remarquer un jour « qu’ici on ne dormait pas au soleil », lui ayant répliqué sèchement avec une agressivité non dissimulée « qu’il valait mieux dormir au soleil que sous la pluie » soulignant qu’on pouvait s’il le désirait aller continuer la conversation dehors ! Le sport occupait tous mes loisirs et je dois dire que dans ce milieu très communisant, l’accueil fut extraordinairement chaleureux. Nous étions deux pieds noirs, Edmond Mayaud et moi, cernés complètement de « camarades » qui nous avaient complètement adopté. Personne ne vint jamais nous demander un quelconque engagement. Heureusement que la cellule familiale et communautaire fonctionnait. L’on se rencontrait souvent avec des amis pieds noirs retrouvés ce qui nous permettait d’extérioriser à huis clos nos trop pleins d’amertume, de tristesse. Le plus souvent la bonne humeur typiquement de chez nous reprenait le dessus maquillant les passages à vide et les silences qui masquaient quelques fois les sanglots.
Je me souviens de cette émissions de cinq colonnes à la une consacrée aux pieds noirs où Pierre Desgraupes présenta un jeune constantinois qui allait devenir le symbole de notre exode. Gaston Ghenassia. C’était la fin du repas et aux premières mesures d’une intro arabo-andalouse les gorges se nouèrent. « J’ai quitté mon pays, j’ai quitté ma maison » Je me souviens encore aujourd’hui avoir été le premier à éclater en sanglots. J’avais 17 ans, je découvrais subitement l’étendue du désastre affectif et moral qui traumatiserait toute ma vie.
De Gaulle m’avait appris la haine. Pour moi comme pour beaucoup des miens il méritait la mort.Sur ce point à ce jour mon opinion est inchangée.
Dans les années soixante, les générations assoupies par la berceuse apaisante gaullienne, se relèvent du choc de la collaboration engendrée par la complicité de Vichy et la passivité d’une partie de la population française. La guerre d’Algérie qui se termine par un désastre humain encore méconnu est alors un écran bien commode qui permet d’occulter les nombreuses tâches d’ombre d’une période peu glorieuse où une certaine France pourchassait les juifs pour les remettre aux allemands. Un nouveau discours apparaît alors. Mélange de marxisme ringard, d’une grandiloquence démagogique et mensongère. Ces nouvelles théories d’une contestation intellectuelle et bourgeoise permettront aux organisations néo-trotskistes, dont la montée en puissance ne relève plus du fantasme, de prendre en charge, au travers de l’éducation nationale, une réécriture travestie de l’histoire. Falsification aujourd’hui éclatante qui se borne à analyser le monde d’hier d’après les critères de notre époque. La complaisance de l’intellectuel français à l’égard de la violence terroriste du FLN relève de la trahison. Les écrits de Frantz Fanon, J.P Sartre et J.Genet et de bien d’autres en témoignent sans indulgence. Ces « petits terroristes protégés » portent en eux les mêmes gènes de la violence, la même intolérante radicalité que ces bâtisseurs de bagne qu’ils ne cesseront pendant 30 ans de glorifier sans qu’aucun d’entre eux n’ait pu faire un pays heureux ou le bonheur de leur peuple. Ces chantres de l’idéalisation de la terreur, admirateurs de la bande à Bader et d’autres assassins du même type, transformeront leur lutte contre le colonialisme en une lutte contre l’Etat démocratique détesté. Ils se tromperont sans doute mais participeront à une réécriture haineuse et revancharde de l’histoire, et bien sûr et comme toujours dans un climat d’indifférence et d’amnésie collective bien à la française.
Résultat : Un demi siècle après un écrivain guadeloupéen qui vit à Paris se torche Napoléon... qu’il compare à Hitler Visiblement ça plaît, c’est même en plein dans la mouvance que de refaire l’histoire de France, de lui pisser dessus, à la mode de chez nous, à des années lumières des idées de l’époque sans le recul nécessaire, objectif, historique. Notre compatriote Jacques Tillier, avec beaucoup d’humour traduit bien notre pensée :« Le pathétique dans cette connerie du politiquement correct c’est que nous avons envoyé il n’y a pas si longtemps toute notre marine et même le porte-avions nucléaire Foch faire des ronds dans l’eau, histoire de fêter Trafalgar devant la reine mère... Et que pas un de nos ministres, ni le premier d’entre eux, auteur des cent jours, ni même celle de la défense ont osé aller célébrer la bataille d’Austerlitz, comme tous les ans, en Pologne... A la place de Vercingétorix et surtout de Charles Martel, celui de Poitiers, je ferais gaffe à ne pas me faire définitivement exclure des cours d’histoire de France... » Si les « tripatouilleurs de l’histoire » adaptent le discours, perdent la mémoire bidouillent l’histoire, « pour faire de tous les français en 40 des héros de la résistance et en 62 de tous les pieds noirs, d’immondes salopards milliardaires », si ces grands perdants de la cause prolétarienne continuent de mentir et de travestir la réalité avec une impudeur certaine, si ces nostalgiques d’un marxisme désuet et romantique, aujourd’hui complètement archaïque, continuent d’imposer leur morale, de juger, de condamner : La France métissée de demain, sous certaines pressions communitaristes, pourrait faire acte de repentance généralisée. « L’Histoire leur a donné tort et curieusement, n’ayant pu imposer la dictature souvent sanglante du prolétariat, ils continuent d’imposer celle de leur morale, tentant de faire entrer dans notre panthéon collectif un certain nombre de crapules qui nous auraient envoyés avec plaisir dans des camps de rééducation. »
S’il y a eu un « rôle positif de la présence française" » en Algérie, c’est d’abord aux Algériens de tous bords de le dire et aux historiens, aux vrais, et non pas à ces troubadours au fond de commerce douteux et aux engagements idéologiques incompatibles avec tout devoir d’impartialité. Il en est de même pour l'éducation nationale livrée depuis 1945 à une intelligentsia aux "trous de mémoire" et aux compromissions les plus douteuses. Cette même intelligentsia qui depuis la guerre transforme les manuels d'Histoire en vraies passoires et continuent avec la plus étrange indécence de juger, d’imposer une morale qui n’est que silences, mensonges et falsification.
La fin du XIX ème siècle est à l’heure des bilans. C’est un véritable fiasco pour la colonisation dont le peuplement est ridiculement bas. Il faut intégrer des étrangers pour augmenter la masse des 189000 français. L’assimilation de nombreux étrangers est indispensable si l’on veut peupler et développer le pays. Ce fut la naissance d’une identité nouvelle : les Français d’Algérie.
Le 24 octobre 1870, Isaac Adophe Crémieux, ministre de
En 1852, 980 opposants à Louis Napoléon Bonaparte sont déportés. De 1860 à 1870, 4500 Européens de plus seulement. En 1863, il y avait 189 000 Européens. En 1870 le décret Crémieux naturalise 37 000 juifs indigènes. Après le traité du 10 mai 1871, le Bas Rhin, le Haut Rhin,
En 1893, Il y avait 530 000 Européens. En 1899, 1183 familles d'Alsaciens, Lorrains émigrèrent. 227 regagnèrent
La colonisation ratée de l’Algérie s’est donc terminée par l’obligation de naturaliser tous les miséreux venus tenter leur chance dans ce nouveau pays. Dans la plupart des cas, ceux sont nos ancêtres.
Peu de paysans français sont tentés par l’idée de venir planter leurs choux sur cette terre aride. Beaucoup, déçus ou trompés repartent en France. D’autres s’enracinent et créent des villages où le cimetière est souvent plus peuplé que le village. Naît alors l’esprit « pionnier » et commence la grande aventure, cette merveilleuse histoire d’amour entre ces hommes et cette terre où vraiment la paix n’a jamais vraiment existé et qui se terminera le 131 ème été.

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