La nostalgie, la mélancolie, le temps qui estompe notre peine et notre mémoire ne doivent pas faire naître la facilité et la faiblesse inévitablement naturelle, qui mène à l’oubli ou au pardon.
Les regrets, l’humilité, la fraternité qui est sensée unir tous les enfants d’Algérie devraient nous éclairer sur nos erreurs sans pour autant nous faire renier, de part et d’autre nos engagements passés. Ils étaient sincères et défendables.
Le contentieux qui nous lie à tout jamais à
Quarante quatre ans d’exil nous confirment et nous font prendre de plus en plus conscience que cet attachement puéril et naïf fut la cause d’une profonde erreur qui devait nous conduire à l’exil et à une disparition certaine. Pour cet aveuglement, nous sommes impardonnables.
Si
L’immense frustration d’avoir perdu notre terre ne doit pas nous rejeter dans les camps fielleux et négatifs des aigris. Je ne serais jamais de ceux qui se réjouissent du malheur des Algériens et si mes sentiments à l’égard de
Mon Algérie n’est pas l’Algérie des grands seigneurs de
Je me reconnais de plus en plus dans la jeunesse d’Albert Camus que j’ai mis du temps à comprendre et à tolérer. Il ressentait à l’époque, face au drame qui se préparait, une douleur égale à celle que nous ressentirons le jour du départ et que nous garderons à jamais enfouie en nous. Son destin tragique lui évitera le spectacle du désastre, de la débâcle et cette tristesse extrême qu’il pressentait et qui avait déjà un goût de malheur, d’impuissance et d’abandon.
Celui qui a du quitter sa terre emporte avec lui la blessure de son histoire.
L’Algérie restera toujours pour moi une source d’émotion.
L’heure du grand pardon pour tous les Algériens a enfin sonné.
En mon âme et conscience, j’ai toujours eu le sentiment et la conviction profonde que nous aurions pu dans une autre France espérer une Algérie plus heureuse où tous les Algériens auraient pu être égaux, et nous, rester des Algériens d’expression française ayant un rôle important à jouer dans une Algérie moderne, riche de ses hommes et de son pétrole.
Avions nous des ascendances métropolitaines si fortes pour nous croire dépositaires d’une identité française accordée par dépit à nos pères. Il est presque certain que si l’implantation de la colonie française avait été un succès, tous les émigrés d’origines pauvres du bassin méditerranéen seraient restés des étrangers ou des français de deuxième zone. Nous en avons eu la triste confirmation lors de notre arrivée sur le territoire national en 1962.

Avions nous conscience à l’époque du véritable problème ? Nous français d’une autre époque, d’un autre siècle, d’une autre France ? N’étions nous pas restés simplement des attardés politiquement incultes ?
Peut être nous sommes nous complètement fourvoyés en voulant à tout prix défendre une pseudo identité française qui aujourd’hui nous fait ricaner !
Et si nous nous étions trompés !
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