
Ouais… Vous touchez le fond du problème. Mais quel
fond, quel problème, c’est là, la question. En définitive de quoi
pouvons-nous nous plaindre ?
Bon… ! Nous étions en Algérie, nous avons été obligé de
partir, nous avons été mal reçu, c’est le moins que l’on puisse dire,
et tout le reste que vous savez. Beaucoup des nôtres sont restés
là-bas, morts, assassinés de la pire façon qu’il soit aprés avoir subit
les pires tortures, d’une façon que l’imagination ne peut même pas
entrevoir, sans sépultures, sans savoir pourquoi.
Nos vieux
ici sont tristes. Pour beaucoup aujourd’hui, par leurs âges avancés, la
mort a abrégée leurs souffrances, leurs « mal de vivre », une
génération est partie on ne sait où. D’autres plus résistants vivent
encore, pas pour longtemps. Et puis nous, plus jeune, mais déjà plus
tout jeune, nous nous souvenons, sans nostalgie, mais pas devoir de
mémoire, par respect pour nos anciens, fidèles à l’héritage qu’ils nous
ont laissé.
Et alors… ? Tout cela n’intéresse personne, que nous.
Il y a un mystère dans tout cela que je n’arrive pas à
expliquer. Le monde depuis des siècles est rempli d’injustices de
toutes sortes, de drames, de malheurs, de sang et de larmes. Pour
beaucoup bien plus terrible que ce qu’il nous est arrivé.
Pourquoi notre drame serait-il différent de ces milliers de drames, est-il différent ?
Oui, bien sur pour nous c’est certain, puisque c’est notre
histoire, c’est notre drame. Mais si quelque chose devait le
différencier de tous les autres, ce serait quoi, réfléchissez,
réfléchissons ?
Je vais vous donner mon avis, ma réponse. C’est que dans
toute l’histoire du monde, il me semble, l’histoire avec ses vérités et
ses mensonges, a toujours à un moment su reconnaître d’une certaine
façon les véritables victimes, rétablir une certaine vérité, répartir
les responsabilités.
Il y a peut-être, sûrement d’autres exemples, je ne les
connais pas. Mais en ce qui nous concerne, ce qui différencie notre
drame de tous les autres drames, c’est qu’aujourd’hui 45 ans après,
l’histoire n’a pas évoluée, elle est figée, emprisonnée dans la pierre.
De victimes que nous étions, nous sommes restés les bourreaux et cela
pour l’éternité.
Ce qui est le plus dur pour nous en définitive, ce n’est pas
d’avoir perdu l’Algérie, nous sommes bien ici en France, vraiment. Bon
! le pays ou l’on est né reste toujours le plus beau pays du monde,
c’est vrai. Mais d’autres ont connu aussi ce genre d’aventure qui est
loin d’être exceptionnelle.
Non, ce qui est le plus dur, le plus difficile,
l’inacceptable pour nous, c’est de toujours être montré du doigt par
beaucoup comme responsable de tout. Alors que nous ne sommes que des
victimes. Dans tout ce que l’on veut nous reprocher concernant notre
comportement en Algérie, nous avons mille preuves indiscutables pour
prouver immédiatement et sans discussions possibles notre innocence,
n’ayons pas peur des mots. Mais le peuple Français au nom de l’intérêt
national et d’une façon égoïste, non Républicaine, contraire aux droit
de l'homme et du citoyen, ne veut ni les entendre, ni les reconnaître,
ni les admettre.
Nous sommes des condamnés sans jugement, des laissé pour compte, des moins que rien, des citoyens de seconde zone.
C’est ce qui fait que notre histoire n’est pas tout à fait
comme les autres, comme celle des harkis d’ailleurs, que je salue, ils
sont plus que nous encore la HONTE de la France. Nous
avons été trahie par ceux que nous aimions, pour l’amour d’un drapeau,
l’amour d’un idéal. On est toujours trompé que par les siens, c'est
bien connu.
Et nous, pauvre de nous, dont le seul tort en définitive est
d’avoir trop aimé la France. Nous sommes les seuls dans ce pays à ne
pouvoir être à l'abri d'actes ou de propos à connotations racistes.
pourquoi ?
Et malgré tout, ni haine, ni rancœur, pour des citoyens de
seconde zone qui est la définition exacte dans son intention au départ
du mot « Pieds-noirs » ce n’est pas mal, d’autres devraient prendre
exemple.
Peut-être faut-il dans ce pays, pour se faire entendre,
descendre dans la rue, bruler des voitures, tout casser. Mais là, nous
ne savons pas faire, nous avons d'autres valeurs, celles de la
République.
Mais Dieu reconnaîtra les siens, c'est tout ce qui nous reste comme espoir ![]()
La conclusion est d'une tristesse mais tellement vraie !
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